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MER TOURNAISIENNE
Mais quel était le paysage géographique, il y a 345 millions d'années, âge attribué aux fossiles peuplant la pierre bleue ? Nous sommes à l'époque du carbonifère. La planète terre est encore constituée d'un seul bloc continental: la Pangée.
Lorsqu'on dit que le climat du carbonifère était chaud, humide et constant, on se réfère à une grande partie de ce continent mais pas nécessairement à sa totalité. Il devait donc y avoir des zones marginales ou limitrophes où le climat alternait du chaud- humide au chaud- sec.
Au centre du continent - et c'est notre cas - l'évolution sélectionnait uniquement les amphibiens plus ou moins adaptés aux différentes conditions du milieu ambiant. Tandis que la pierre bleue se formait sous eau, au-dessus de la surface. Comme il y avait de l'oxygène, les premiers poissons vont en sortir et changer aussi leur structure: les nageoires devenant des pattes, par exemple. Ces immenses surfaces ne forment pas un ensemble homogène. La tectonique des plaques y a fait surgir des montagnes et a creusé des fonds océaniques. Le bassin de Soignies-Ecaussinnes était sous eau.
La mer qui recouvrait la région (en ce qui concerne les limites de la Belgique actuelle) allait de Tournai à Aix-la-Chapelle. On la dénomma mer Tournaisienne. Elle recouvrait toute la Wallonie en situation de dépression tandis que la Flandre et une partie du Brabant proposaient des surrections de terrains rassemblés en une appellation le massif du Brabant.
SPIRIFERE
Parmi les brachiopodes présents à l'état fossile dans pierre bleue, le Spirifère est le plus répandu. Certes, me direz-vous, il y avait la profusion du Crinoïde et l'abondance du Syringopora. Cela suppose qu'un environnement propice offrait à ces individus un asile de qualité pour un plein épanouissement: la mer Tournaisienne.
Dans les spécimens du Michelinia et du Syringopora, nous avions des polypiers ; dans celui des Crinoïdes, nous étions dans l'embranchement des échinodermes (oursins). Avec le Spirifère, nous découvrons l'embranchement des brachiopodes (coquillage bivalve). La diversité de la faune marine était donc surprenante. La beauté du petit granit n'en est que plus douce à l'oeil.
Le groupe des Spirifères est caractérisé par les deux valves composant le corps de l'animal. Leurs deux bras spiralés leur donnent un aspect de coquillage ailé. Mais dans le bassin de Soignies- Ecaussinnes, une espèce bien particulière s'est développée. Elle s'y est si bien installée qu'elle caractérise l'horizon auquel appartient la roche sonégienne. Il présente une morphologie bien différente de ses congénères.
Voici comment le définit le professeur Robaszynski: "Le Spirifère Konincki est aberrant par son contour subcirculaire :bourrelet et sinus peu marqués, nombreuses et fines côtes radiaires sur la coquille, aréa bien développée. Il est commun dos le calcaire crinoïdique de Soignies, dénommé "petit granit "." Pour le Spirifère Konincki, les bras spiralés sont nettement plus réduits que les autres représentants de la famille.
Pour tous les brachiopodes, l'ouverture des valves est un mouvement actif. Quand, par la mort, l'action des muscles cesse, la coquille se ferme. De ce fait, on trouve les brachiopodes fossiles avec leurs deux valves et dans la majorité des cas, les deux valves sont fermées.
La mer Tournaisienne était une mer relativement chaude, peu profonde et animée, selon les régions, par des courants variables d'une eau limpide. Des investigations comparatives entre l'actuel et le carbonifère permettent d'établir une relation dans la formation de cette "écologie- biologie" de la pierre bleue. Par exemple, les coelentérés constructeurs d'aujourd'hui (certains fossiles du petit granit d'hier) sont des organismes très délicats qui nécessitent des conditions bien précises en dehors desquelles ils ne peuvent survivre.
Aussi, les modalités de constructions de ces coraux vivants ont pu établir que les polypes actifs ont besoin d'une eau limpide d'une température qui ne soit pas inférieure à 2011, d'une bonne luminosité, donc pas au-delà de quarante mètres de profondeur.
La limite de profondeur des quarante mètres semblerait cependant en nette contradiction avec les épaisseurs considérables constatées dans la construction corallienne fossile et actuelle si l'on n'avait pas observé que la partie des récifs actuels située sous la barre des quarante mètres était constituée de squelettes d'organismes morts.
Cela suppose un abaissement progressif du fond marin. Dans une coupe géologique de carrière, on constate que le fond marin s'abaissait en même temps que la partie supérieure croissait, ce qui a permis d'atteindre des épaisseurs successives tout en maintenant les organismes constructeurs dans un milieu favorable à leur développement.
PRODUCTUS
Un autre brachiopodes le Productus, a lui aussi trouvé sa place dans notre mer d'accueil. Il possède une valve ventrale fortement bombée comme nos coquillages des plages. Il n'a plus de pédoncule, c'est-à-dire ce lien qui le fixe au fond de la mer, mais il reste encore attaché en son milieu ambiant par des épines sur la coquille. Toutefois, cet animal est très coquet car ses valves (ou coquilles fossilisées) laissent admirer deux ornementations différentes passant graduellement de l'une à l'autre: des côtes rayonnantes et des stries concentriques.
TRILOBITE
La faune marine de cette mer Tournaisienne aurait été incomplète si des crustacés n'y avaient pas élu domicile. Le Trilobite est présent, lui aussi. Il a vécu exclusivement au primaire. Cet animal de l'embranchement des Arthropodes est doté de membres articulés, d'un corps segmenté et d'une carapace externe dont il se dépouillait périodiquement tout au long de la croissance en en sécrétant une nouvelle. Celle-ci était donc imprégnée de calcite. C'est donc cette armature externe que l'on retrouve le plus souvent fossilisée. Il existait dans la mer plus de dix mille espèces de Trilobites, aujourd'hui éteintes. La plupart jouissaient, sans doute, d'une très bonne vue et leurs yeux, en calcite minérale, se sont parfois conservés.
ASTERACTINELLA
Une figuration, même si elle est insolite, exerce toujours un pouvoir de fascination. La coupe d'un Asteractinella, éponge en forme d'étoile, a retenu l'attention des artisans de la pierre qui la dénommèrent "pas de loup'. Contempler ces réalisations d'un autre âge, c'est un peu recueillir une leçon de vie par l'image mais aussi ressentir une sorte de sanctification de l'imagination qui nous conduit dans les abîmes de notre sous-sol à telle enseigne que certains bancs furent ainsi désignés sous le vocable de "pas de loup"
CANINIA
Le Caninia est un polypier solitaire typique qui vivait au fond de la mer, se développant en forme de corne. Ce corail s'adaptait à des terrains argileux avec des eaux faiblement agitées. Leur grandeur est variable. Des contorsions violentes interviennent fréquemment au cours de la croissance qui est accompagnée dans la plupart des cas d'un aplatissement donnant une coupe elliptique. Cet individu est fréquent dans la pierre bleue. Son allure conique lui confère une élégance qui s'harmonise avec la teinte du matériau. Son aspect blanc se détache de la masse de la roche et impose sa forme où on lit aisément les sculptures naturelles de son développement. Certes, d'autres fossiles apparaissent encore, çà et là, comme le Fenestella pour apporter une preuve de la vie récifale soumise à un environnement très précis que fut la mer Tournaisienne. Durant le primaire, ces fossiles ont édifié la pierre bleue. Certains deviendront des fossiles de facies, précisant les indications pour la stratigraphie des différentes carières.
La teneur de cet article est loin d'être exhaustive puisqu'elle fait référence à l'exposition permanente: "Les mémoires géologiques du calcaire carbonifère". Soignies, centre européen de la pierre de taille, propose désormais en son Centre d'Art et de Culture (au pied de la collégiale romane) les spécimens de la faune de la mer Tournaisienne. Ces animaux marins sont présentés dans une situation de vie, partagée en association. Cette exposition chemine à travers l'échelle des périodes géologiques grâce aux collections de MM. Blondiau Georges et Liégeois Fernand. En outre, les réalisations graphiques de M. Zeerards et les documents photographiques dus à M. Frédéric Cantraine contribuent largement à donner à cette manifestation un précieux attrait.
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