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Et plus loin.
Le petit granit est une roche qui s'est formée en mer, il y a environ 320 millions d'années, C'est-à-dire pendant ce que les stratigraphes appellent le Tournaisien qui n'est autre que la première subdivision du carbonifère.
Le Tournaisien affleure le long d'une bande transversale s'étendant de Tournai à Eupen. Le petit granit a été exploité partout où le calcaire présentait les caractéristiques propres à cette roche. Actuellement, il n'est plus exploité qu'à Soignies, dans les vallées de l'Ourthe et de l'Amblève (région de Sprimont), à Denée et à Spontin.
Conjointement, ces carrières occupent 800 personnes et produisent annuellement 170 000 m 3 de blocs de belles pierres. Les carrières sonégiennes extraient à elles seules environ 80 000 m/an aux carrières du Hainaut, 25 000 m3/an au Clypot et 15 000 m3/an chez Gauthier-Wincqz.
Un des points forts de la pierre bleue est la grande diversité de ses possibilités d'utilisation: d'après la manière de la travailler - c'est-à-dire de l'adoucir, de la polir ou de lui appliquer une taille particulière - on lui communique une valeur esthétique inimitable qui s'ajoute à ses excellentes caractéristiques techniques et en font une des meilleures pierres en Europe. Sa dureté, son absence de réaction au gel et aux agents chimiques sont légendaires.
Il n'est pas étonnant dès lors qu'elle ait été exportée au loin et utilisée dans de nombreuses réalisations anciennes et contemporaines: La Maison du Roi sur la Grand Place et les arcades du Cinquantenaire de Bruxelles témoignent de l'excellente tenue de ce matériau à travers les décennies et la pollution urbaine. Au Panthéon de Paris, le petit granit accentue la solennité du lieu. Au centre administratif du boulevard du Régent à Bruxelles et dans la station de métro
Comte de Flandres, les différentes tailles réalisées sur ce matériau montrent la variété des effets décoratifs que l'on peut en attendre. Enfin, le petit granit s'adapte merveilleusement à la nouvelle mode des piétonniers et mobiliers urbains. Les monuments anciens de Bruges et Gand sont remis en valeur grâce à leur environnement nouveau. Des places publiques comme la Comédie à Montpellier, et la Grand Place de Béziers, témoignent de la beauté du matériau sous les rayons du soleil.
Des techniques nouvelles, telles que celles consistant à fabriquer des dalles extra fines, et les actions de promotion développées depuis quelques années par l'ensemble des carrières de roches ornementales réunies dans l'ASBL "Pierres et marbres de Wallonie' laissent augurer un avenir prometteur pour ce matériau.
Les autorités wallonnes ont compris l'intérêt que présentait cette richesse de leur sous-sol et ont décidé de nouvelles études scientifiques des gisements tant en Hainaut qu'en provinces de Liège, Namur et Luxembourg. On peut donc être assuré que le petit granit fera encore connaître pendant de longues années le nom de Soignies et du Hainaut à l'étranger.
Soignies ? Toujours pierre vivante
Grâce au musée du petit granit installé dans les locaux du Centre d'Art et de Culture, rue de la Régence, 23 à Soignies, les animaux marins qui composèrent la pierre bleue, sont présentés dans une situation de vie comme à l'époque où ils ont été saisis par les premiers soubresauts de la fossilisation. On les croirait sortis de l'onde, parés de leur structure d'origine.
Fossiles marins
La pierre bleue ne renferme que des fossiles d'animaux. L'absence de végétaux s'explique par le processus même de sa formation. Elle est classée parmi les roches sédimentaires c'est-à-dire celles qui relèvent de la succession de couches composées de nombreux squelettes minéralisés. Ces végétaux, ne présentant que des parties molles, furent totalement digérés par la carbonate de calcium, composante essentielle des eaux des mers chaudes. Ces animaux minéralisés n'ont jamais voulu mourir puisqu'ils s'éveillent constamment en cristaux sur les surfaces polies du petit granit.
Aujourd'hui
Trois sièges d'exploitation de carrières animent encore la vie économique de Soignies grâce à ce noble matériau qui continue par l'architecture à faire vivre ensemble, hors du temps, le passé et le futur. Car Soignies est toujours pierre vivante.
Chez les tailleurs de pierre les gestes gardent encore un sens. On ne peut leur faire dire n'importe quoi. Quand un travail est terminé, l'artisan n'a fait que répéter l'acte de la création. Il a rendu présent le mystère de la vie. Il sait que cette pierre, façonnée de ses mains, fut aussi la vie pour des animaux dont les restes devinrent partie du sédiment en subissant la transformation de sa matière active en fossiles minéralisés. Leur présence dans la pierre bleue intrigue ceux qui les découvrent au hasard d'une rencontre.
La renommée du petit granit puise sa valeur dans les fossiles qui le composèrent. Leur morphologie nous interpelle et pourtant ils ont toujours fière allure quand on les interroge sur leur identité dans ce que nous appellerons une "écologie biologie" de la pierre bleue.
CRINOIDE
Les Crinoïdes furent très répandus dans les roches du primaire. Leur profusion fut telle qu'ils ont donné naissance à cette appellation: calcaire crinoïdique. Cet animal ambigu dont l'aspect évoque une fleur exotique sous-marine, s'étirait sur une longue tige, d'un mètre minimum, pour supporter un calice bordé d'une couronne de bras flexibles et se fixer sur le fond au moyen de racines.
Grâce à la stratigraphie, on peut affirmer que les Crinoïdes entre autres fossiles ont formé à leur mort, dans la pierre bleue de Soignes, des bancs massifs, peu lités, à rares points de séparation, composés de l'empilement de myriades d'articles, chacun d'eux ayant recristallisé en un monocristal de calcite, et cimentés entre eux par une pâte micrite (R. Marlière).
La tige de Crinoïdes est formée justement de ces nombreux articles ou plaques colonnales superposées. On les découvre souvent isolées dans les sédiments. Ils indiquent de manière certaine l'origine marine de la roche. La forme de ces articles varie d'un individu à l'autre mais c'est elle qui détermine l'espèce. Ces animaux croissaient en immenses prairies. Après une histoire évolutive d'au moins un demi-milliard d'années, les Crinoïdes se maintinrent dans l'actuel à travers les comatules.
Puisque le Crinoïde est un animal, il doit bien se nourrir. Ses habitudes alimentaires varient selon les espèces. On en dénombre huit cents dans le calcaire carbonifère. Certains auraient été des carnassiers. Ils tenaient les bras épanouis, à la façon des pétales d'une fleur, pour arrêter leur proie qui tombait dans le piège.
SYRINGOPORA
Une collectivité garde son âme tant qu'elle entretient son langage. L'homme est ainsi fait, il est guidé par l'image. Un corail tabulé, appelé familièrement par les carriers "brins de souris" ' abonde dans la pierre bleue. Le nom scientifique de Syringopora est moins évocateur, peut-être. S'il a la force du, savoir, l'autre propose la vérité des réalités quotidiennes. C'était un polypier constitué de longs tubes étroits, parallèles entre eux. Tous ces tubes vivaient en colonie et reposaient sur les fonds sableux proches du littoral.
Leur mode de vie apporte la preuve qu'à Soignies existait une vase composée également de sable où les organismes marins trouvèrent refuge. Cette pâte calcaire les emprisonna à leur mort et les cristallisa.
Les points blancs que l'on aperçoit comme des bouquets de feu d'artifice sur la surface du petit granit attestent l'abondance de ces tubes qui forment le polypier.
MICHELINIA
Les fossiles, dont notre planète porte la trace, ont conquis une dimension cosmique puisqu'ils sont les seuls témoins jusqu'ici connus du passé biologique de l'univers. L'idée du passé ne prend un sens et ne constitue une valeur que pour l'homme trouvant en lui-même une passion de l'avenir. En ce qui nous concerne, ce fut l'exploitation à Soignies, de ce matériau noble du petit granit.
Aussi, les mots doivent être l'expérience du temps. Sur les chantiers, ils ne manquent jamais d'humour car il ne nous est pas donné d'aller contre la nature même des choses. Un autre corail, le Michelinia sera appelé "nid de guêpes'. Les espèces de cette famille sont de forme discoïde avec de grands tubes verticaux. La grosse colonie peut atteindre 25 cm de diamètre. Ce polypier massif, en forme de coupe, présente l'aspect d'un "gâteau de cire de guêpes".
Le Michelinia Favosa est donc un animal qui vivait en milieu très peu profond, dans les régions côtières des mers du primaire. C'est le cas de la mer Tournaisienne qui recouvrait de ses eaux l'actuel territoire de Soignies en bordure du massif du Brabant.
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