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De quand date la dénomination "petit granit" ?

Cette dénomination n'est certainement pas apparue dans les premiers temps de l'exploitation de la pierre bleue mais pourrait être liée au début de la commercialisation de ce produit poli.

Il apparaît en effet dans les textes, dès l'aube du XIXe siècle, à l'époque où ce produit essaye de se substituer au marbre Sainte-Anne pour le recouvrement du mobilier. Il sera utilisé pendant longtemps conjointement avec les termes le Ligny et l'Ecaussinnes.

La plus ancienne référence écrite que j'ai trouvée (P. Brard, 1808) qualifie le petit granit de "vilain marbre du département de Jemappes. Il est également dénommé marbre madréporique de Mons et petit gris et est décrit de la manière suivante: "Il est d'un gris presque noir, et est taché par une multitude de fragments de petits entroques qui forment autant de petites taches grises. Il renferme aussi quelques coquilles, mais elles y sont rares. Ce marbre, qui n'a ni la couleur, ni la dureté, ni le poli en sa faveur, qui, lorsqu'on le travaille, répand une odeur infecte, est cependant très employé dans le commerce. Il se trouve aux Ecaussinnes, près de Mons. P. Brard signale également qu'il a été découvert nouvellement.

Sa réputation parisienne ne va pas s'améliorer rapidement. En 1821, dans son dictionnaire de minéralogie M. Drapiez le désigne sous la rubrique "Pierre de Porc - Pierre Puante". En 1829, ce même auteur en donne la définition suivante: "telle est la pierre connue vulgairement sous le nom de petit granit nom qui lui a été donné à cause de la grande quantité de débris de petites coquilles qu'elle renferme, et dont le tissu cristallin forme dans la pierre une foule de petites taches blanches qui lui donnent un faux aspect de granit".

Vers la même époque J.J. d'Omalius d'Halloy (1828) le "père de la géologie belge' nous signale que 'le petit granit(e) s'exploite principalement aux Ecaussinnes et à Ligny ; on doit citer aussi les carrières de Soignies, Arquennes et de Feluy qui sont remarquables par l'abondance de leurs produits, la bonté de la pierre et la grandeur des blocs que l'on peut en tirer". Il signale en note infrapaginale que c'est aux carrières de Soignies que l'on a extrait les énormes colonnes qui décorent la façade du Palais du Roi à Bruxelles.

L'appellation petit granit (ou granite) ne semble pas avoir rencontré rapidement un grand succès ; à Maffle, on trouve d'abord l'expression "scierie de granit" dans le papier à lettres de Jean-Baptiste Durieux qui a ouvert une carrière en 1841. L'utilisation de l'expression petit granit ne semble s'être élargie que dans la deuxième moitié du XIXe siècle. J.P. Ducastelle (1989) en trouve une première mention à Maffle en 1871. On utilisera aussi des dénominations telles que Granitin ou Granitelle noire, Granit de Flandre (Sancholle, 1850), de Pierre bleue surtout jusqu'en 1900. Vers 1925-30, on essaie de l'appeler Marbre Empire en rappel de l'utilisation comme recouvrement de meubles à cette époque, mais comme les Liégeois s'amusaient à dire "Marbre en Pire' c'est-à-dire en pierre (communication personnelle Paul Dumon), cette appellation tomba en désuétude.

On peut évidemment se demander pourquoi on a utilisé le terme "granit' normalement réservé à une roche cristalline composée de quartz, de feldspaths et de mica. La réponse doit être trouvée dans la similitude existant entre ces deux matériaux.

En effet, le petit granit est une roche sédimentaire constituée par des restes fossiles d'animaux marins cimentés entre eux par une boue calcaire. Ces fossiles sont essentiellement des restes d'un animal appelé crinoïde ou encrine, appartenant à l'embranchement des échinodermes qui regroupe aussi les étoiles de mer et les oursins. Le squelette de ces animaux est constitué de cristaux de calcite. Le crinoïde qui, à cause de sa ressemblance avec une plante, est souvent appelé le lys de mer, a un squelette constitué essentiellement de petits cylindres atteignant rarement un centimètre de diamètre, et que les spécialistes appellent des articles. Lorsque l'animal meurt (les crinoïdes, bien que rares actuellement, n'ont pas disparu), ces articles se séparent et se sédimentent au fond de la mer.

Comme à certaines époques, les crinoïdes étaient très nombreux, ils formaient de véritables prairies sous-marines. Il en a résulté une roche que les géologues ont appelée calcaire crinoïdique et plus récemment encrinite. Lorsqu'on brise ou qu'on polit cette roche, le calcite des articles de crinoïde scintille comme le quartz et le feldspath des granites, d'où l'assimilation.

Le terme "petit" doit être pris dans le même sens que celui qu'il a dans petit-lait, par exemple. Les stratigraphes ont créé le terme Encrinite des Ecaussinnes pour désigner la formation dans laquelle on trouve le petit granit. Avant d'en terminer avec la nomenclature, signalons qu'en allemand, on l'appelle Belgisch Granit en Angleterre Belgian Black Fossil et Blauwe Hardsteen en néerlandais. De plus, le terme petit granit est une marque déposée.

De l'ancien au nouveau monde
Ce titre que nous empruntons à G. Bavay résume parfaitement la succession dans la découverte du gisement sonégien.

Le point de départ de l'extraction de la pierre à Soignies doit être lié à la présence sporadique d'affleurements le long de la Senne. Les constructions anciennes, telles que la collégiale ou la chapelle Saint- Roch et Saint- Antoine témoignent plus d'un ramassage, surtout de grès landéniens, que d'exploitation systématique. Les premières exploitations de calcaires sont liées à la fabrication de la chaux, comme l'attestent les seules mentions fours à chaux reportées sur les cartes anciennes. Le calcaire utilisé à cette fin n'est d'ailleurs pas nécessairement du petit granit.

Comme signalé plus haut, les cartes de Ferraris (1770-1777) renseignent plusieurs carrières en activité entre le chemin de Naast et la chaussée d'Houdeng à Soignies. Après l'éclipse de la période révolutionnaire, le redémarrage des carrières, accompagné d'une mécanisation, ne se fait pas attendre. On parle à ce moment, à côté des carrières Wincqz, des carrières exploitées par les familles Pater, Depret, Rombaux, Joquet, Duriaux... C'est l'Ancien Monde.

Le dernier quart du XIXe siècle voit se développer une nouvelle science: la géologie. L'établissement de la carte géologique du royaume met en évidence que la pierre bleue exploitée de Maffle à Feluy- Arquennes appartient à un seul et même gisement.

Dès 1879, maîtres de carrières et capitalistes effectuent des terrassements: la chance sourit à certains, tels S. Baatard et son gendre E. de Savoye qui commencent en 1880 à creuser des puits dans les prairies de la ferme du Perlonjour. Des terrassements plus importants permirent ensuite de constater qu'on retrouvait la bonne pierre 300 m au nord de la ligne des autres carrières. Cette société comptera jusqu'à 600 ouvriers dans l'entre-deux guerres. Elle abandonna en 1977 le façonnage de la pierre pour ne retenir que le concassage. La société Gralex mit à disposition de Gauthier-Wincqz les installations ad hoc dans les premiers jours de cette année. Géologiquement parlant, c'est aussi la carrière la plus profonde car elle exploitait les calcaires et dolomies (les cliquantes) sous-jacentes au petit granit sur près de 40 mètres.

La conquête du Nouveau Monde ne limite pas ses effets au bassin sonégien. Elle entraîne à Ecaussinnes l'ouverture des carrières de Scoufflény, du Levant et de Payelle. A Naast, on assiste dans le même temps au développement de la carrière Saint- Vincent. Vers l'ouest, entre les carrières du Hainaut et Maffle, là où, peu de temps auparavant, on imaginait encore la présence d'une large faille, on met en chantier les carrières de Neufvilles.

Vers 1900, le Nouveau Monde atteint l'essentiel de son extension actuelle. Partout où les découvertes ne présentent pas de difficultés insurmontables et où les sondages manifestent la présence d'une pierre favorable à l'exploitation, des carrières se sont ouvertes.

Ces nouvelles carrières sont le signe de plusieurs autres révolutions, dont la révolution financière, dans la mesure où les nouvelles sociétés nécessitent des apports financiers considérables. Il apparaît vite en effet aux quelques audacieux qui ont lancé le mouvement qu'il ne suffit pas de découvrir la pierre ; il faut aussi assurer le coût de colossales découvertes (sur plusieurs mètres d'épaisseur le plus souvent) et établir les équipements susceptibles d'assurer une mise en exploitation efficace des gisements mis au jour.

La S.A. des Carrières du Hainaut a été fondée en 1888, elle a succédé à la S.A. Devers (1885), et a été placée sous la direction de M. Martin. Cette exploitation s'est rapidement développée, attendu que le gisement de petit granit dont elle disposait S'est révélé de qualité et a justifié les importants investissements qui ont ensuite été effectués. Très vite, elle comptera 800 ouvriers et aujourd'hui encore, elle est classée parmi les plus importantes exploitations de pierre d'Europe. Au départ, elle s'étendait à Soignies sur 55 ha. Actuellement, elle s'étend sur 140 ha et occupe plus de 30 personnes. Le capital actuel est essentiellement détenu par la compagnie financière Eternit. Le concassage des sous-produits est présentement effectué par la S.A. Gralex.

La S.A. des Carrières du Clypot constituée en 1907 a rapidement pris place parmi les plus importantes carrières de petit granit. En 1974, elle est devenue une division des carrières C.C.B. de Gaurain-Ramecroix, elle-même intégrée dans le groupe des Ciments français en 1990. La carrière située à Neufvilles, c'est-à-dire à l'extrémité ouest du bassin de Soignies occupe maintenant 140 personnes.

Revenons-en à l'Ancien Monde et aux carrières Wincqz qui fusionnent le 15 mars 1935 avec la société Gauthier, fondée en 1875 par Vincent Gauthier qui, après avoir appris le métier de tailleur de pierre à Soignies, S'installa en France comme maître-tailleur et revint plus tard à Soignies comme maître de carrière.

A présent, la société Gauthier-Wincqz occupe une soixantaine de personnes. Elle s'est récemment diversifiée par la réouverture d'un gisement de marbre rouge à Philippeville.

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