Page1 - Page2 - Page3 - Page4

4. Paysage sonégien et moulins à vent.
On sait que les moulins à vent n'apparaissent dans nos régions que vers le début du 13e siècle.  Ils se manifestent d'abord en Normandie, puis en Flandre (où ils sont présents dès le tout début du 13e siècle). Ils semblent ensuite pénétrer de plus en plus profondément à l'intérieur des terres et connaîtront un important succès dans notre province ... mais principalement dans les parties occidentale et centrale; la partie orientale et la botte tout spécialement, disposant d'abondantes ressources en matière d'énergie hydraulique.  Les moulins à vent sont rares sinon inexistants dans l'Entre-Sambre-et-Meuse.

A priori, le moulin à vent peut être implanté dans un nombre de sites beaucoup plus important que le moulin à eau.  A condition toutefois de respecter quelques conditions minimales de bonne exposition aux vents dominants. Toutefois, des structures sociales contraignantes ont considérablement limité l'extension des moulins à vent (le phénomène est surtout sensible dans le courant du 18e siècle, époque au cours de laquelle on voit se multiplier les demandes d'octroi pour l'installation de moulins à vent). Cela explique le nombre relativement restreint de moulins à vent attestés durant l'ancien régime (en même temps d'ailleurs que leur stabilité géographique et sociale).  Cela explique aussi leur multiplication et leur relative mobilité dans le courant du 19e siècle.

Dans la région de Soignies, les moulins installés sur les parties les plus élevées des lignes de crête sont rares.  Le plus souvent, les moulins à vent se situent à la périphérie de la ville ou des agglomérations rurales. Ils sont globalement moins nombreux, jusqu'à la fin de l'ancien régime tout au moins, que les moulins à eau : à Thieusies, on comptait deux moulins à eau (Roquette et Carlon) pour un moulin à vent; à Soignies, trois, voire quatre moulins à eau (des Messieurs, du Moliniaul et de Biamont, sans oublier le moulin de la Gage sur le ri Caffenière, disparu dès la fin du moyen âge) pour un seul moulin à vent (en bordure du chemin de Neufvilles).  Il en allait de même à Horrues.

Certains villages, dépourvus de cours d'eau suffisants pour actionner des moulins à eau, ne possédaient qu'un seul ou, exceptionnellement, deux moulins à vent.  Neufvilles disposait à la fin de l'ancien régime des services de deux moulins à vent (mais sans doute aussi d'un moulin-tordoir, animé par les eaux du ruisseau du Plantin ou, plus probablement, par les eaux de la Gageole).  A Chaussée-Notre-Dame, on comptait deux moulins à vent et aucun moulin à eau et à Naast un seul et unique moulin à vent.

On le voit, une distinction s'introduit ainsi entre les localités.  Cette distinction est principalement fonction de leur situation par rapport aux principaux cours d'eau : certaines, spécialement celles où passe la Senne (Soignies ou Horrues), sont abondamment dotées en moulins à eau et n'entretiennent des moulins à vent que pour disposer d'un équipement plus diversifié (moulin à vent du Chapitre à Soignies) ou pour venir en aide à des hameaux très éloignés du cours de la rivière (moulin de la Belle-Croix à Horrues) . D'autres localités sont "sauvées" par la technologie du moulin à vent dans la mesure où elles ne sont traversées que par des cours d'eau insignifiants rendant inopérante la technologie des moulins à eau.  C'est notamment le cas de Naast et de Chaussée-Notre-Dame.

Thieusies possède certes les moulins de la vallée de l'Obrecheuil.  Mais ces derniers ont une position nettement plus favorable pour la communauté des habitants de Casteau que pour celle des habitants de Thieusies.  Ces derniers disposent donc d'un grand moulin à vent installé sur la crête à proximité du château du Parc, ce qui permet un service plus pratique pour les habitants du village.  Le transport des "mounnées" (les grains destinés à la mouture) exigeait en effet un temps considérable quand il fallait rejoindre un moulin se trouvant à plusieurs kilomètres du lieu d'habitation.  Et le voyage au moulin s'effectuait bien souvent selon un rythme hebdomadaire (pour le moins).

Les moulins à vent, souvent moins importants (du point de vue de l'investissement de départ comme de celui de l'impact économique et social) que les moulins à eau, sont également moins connus par les archives anciennes.  Les demandes d'octroi, en se multipliant au 18e siècle, les font apparaître avec davantage de netteté à la fin de l'ancien régime.  La carte de Ferraris permet de faire le point sur leur diffusion dans nos régions vers 1770-1777. Au 19e siècle, les moulins à vent se multiplieront.  C'est apparemment vers 1860 (date de l'établissement du plan parcellaire de POPP) que leur nombre atteindra son plus haut niveaul5.  Dès le début de ce siècle, ils semblent en perte de vitesse, subissant sans doute une concurrence féroce de la part des nouveaux moulins industriels (comme le moulin Ferbus à Soignies), concurrence que les moulins à eau semble supporter avec moins de difficulté.

Il faut réserver une place spéciale aux moulins à vent utilisés pour l'exhaure.  Le phénomène est particulièrement important à Soignies.  Il est peut-être même décisif pour ce qui concerne le "take-off" dans le domaine de l'exploitation des gisements de pierre en vue de la production et de la commercialisation de la "pierre de taille" proprement ditel6 (alors que chaux et moellons étaient déjà produits en très grandes quantités à Soignies dès le 15e siècle).

La première carte où apparaissent les carrières de pierre de taille de Soignies semble bien être la carte de Ferraris.  Certes, on trouve mention de "fours à chaux" sur une carte accompagnant les ouvrages du Chevalier de Beaurain et décrivant les déplacements des troupes du royaume de France dans nos régions à la fin du 17e siècle (carte qui pourrait bien n'avoir été levée qu'après 1704).  Mais ces fours à chaux (d'ailleurs bien connus par les archives) ne permettent pas d'inférer l'existence de véritables tailleurs de pierre affairés autour d'un matériau présentant des caractères bien différents de ceux réclamés par la fabrication de la chaux ou la production de moellons.

La carte de Ferraris, au moment même où elle fait apparaître la première figuration des carrières de Soignies montre deux moulins à vent qui ne peuvent être considérés que comme des moulins d'exhaure et non comme moulins à farine. Ces moulins, situés dans l'étroite aire du premier gisement sonégien de pierre bleue, semblent appartenir à la catégorie des moulins-pivot.

Ils ne peuvent donc, apparemment, être immédiatement associés au beau moulin accompagnant la "Grande Carrière Wincqz" sur la vue bien connue de la "Belgique Industrielle" (vers 1852).  Dans ce cas, il s'agit d'un moulin à vent sur fût de maçonnerie.  Sa vocation industrielle est bien manifeste du fait du voisinage dans lequel il se trouve par rapport aux autres équipements de la carrière.  Il sera remplacé au moment de la diffusion des machines à vapeur.

L'entité de Soignies fut le cadre de la construction d'un autre moulin d'exhaure qui a le mérite d'être encore conservé à l'heure actuelle.  Ce moulin se trouve, imitant en cela celui qui se dressait en bordure de la carrière Wincqz, dans le fond de la vallée de la Senne, un peu en aval de l'ancien moulin Delrouge, presque à la limite des anciens territoires d'Horrues et de Soignies.  Il se présente encore aujourd'hui comme un haut fût de maçonnerie (avec des détails architecturaux de pierre bleue) presque entièrement envahi par le lierre.

Texte extrait du livre: "Les moulins de l'entité de Soignies de l'ancien régime à nos jours"
Ecrit par G Bavay - J Deveseleer - P Hazebroucq  -  Soignies 1988
Ce livre prolonge pour le cas de Soignies l'étude générale de Sevrin et Bavay parue sous le titre "les sites des moulins en Hainaut" Bxl 1989 page 129.