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Une telle pratique et de telles installations ne s'expliquent évidemment que dans des cas très précis et, en l'occurrence, lorsque l'on se trouve en présence de cours d'eau au débit peu important ou susceptibles de se tarir pendant des périodes plus ou moins longues. La nécessité de pouvoir user du moulin de manière presque quotidienne imposait que l'on puisse compter, le plus régulièrement possible, sur une quantité d'eau suffisante et donc que l'on installe des réserves d'eau. Ces réserves pouvaient d'ailleurs remplir plusieurs fonctions dans la mesure où on pouvait, dans le même temps, les utiliser pour des activités de pisciculture (de là l'importance des viviers dans la périphérie de la plupart des villes médiévales) ainsi que pour créer des étendues inaccessibles dans le cadre de la défense des fortifications castrales ou urbaines.
Ces divers caractères conduisent à reconnaître dans les moulins à retenue d'eau (et spécialement dans les moulins à vivier) des moulins spécialement adaptés aux rivières naissantes, au débit naturellement peu abondant, au courant peu rapide et aux longues périodes de maigre en cas de sécheresse. On ne s'étonnera donc pas de trouver un grand nombre de moulins appartenant à cette catégorie dans la région de Soignies. Que ce soit le long de la Samme ou de la Sennette, le long de la Senne, le long de la Brainette ou le long de l'Obrecheuil, on rencontre une remarquable collection de moulins à barrage (sur le cours principal de la rivière).
C'était notamment le cas pour le moulin de l'Epithaphe à Feluy (sur le ri de Graty, intégrant en même temps les douves du château seigneurial de Feluy), le Vieux-Moulin et le moulin de la Tartarie à Marche-lez-Ecaussinnes, le moulin du Ramponneau à Ecaussinnes-d'Enghien (sur la Sennette, intégrant en même temps l'alimentation en eau des douves du château seigneurial de la Follie), le moulin comtal de Braine-le-Comte (commandant notamment les viviers de la ville en même temps qu'une partie de l'alimentation en eau des fossés de la fortification) et le moulin de l'abbaye de Saint-Denis en Brocqueroie. On trouve d'autres exemples de moulins à barrage dans l'ensemble de la province de Hainaut et spécialement dans les secteurs où l'on ne pouvait s'appuyer que sur de modestes cours d'eau pour assurer les besoins en énergie des installations de meunerie.
On pourrait s'attarder sur les implications pour le paysage de la création de moulins à barrage (généralement fossoyé). Le barrage ne peut être installé n'importe où. Il représente en effet une entreprise considérable du fait des quantités de terre à déplacer et des garanties à prendre à l'égard de sa solidité. Il doit avoir une large assise, une hauteur susceptible de permettre la création d'une importante dénivellation et donc d'une chute puissante. Idéalement, le barrage a barrage s'installe dans un resserrement d'une vallée, là où il n'est pas trop difficile de joindre un versant à l'autre.
Mais il importe aussi que l'eau "engrangée" représente un volume important : il faut pour cela que l'espace inondé soit aussi vaste que possible (sans toutefois perturber outre mesure la vie locale, et notamment les déplacements d'une rive à l'autre en amont du moulin doté d'un barrage). Dans cette optique, on installe des barrages un peu en aval de l'un ou l'autre confluent (point de rencontre d'un affluent, si modeste soit-il, et de la rivière principale). De cette manière, l'eau peut s'étaler dans deux vallées plutôt que dans une seule. La masse potentielle retenue par le barrage s'en trouve ainsi quasiment doublées.
Le barrage entraîne une inondation que l'on s'efforce de contrôler. Pour ce faire, on doit installer des vannes que l'on utilisera comme trop-plein, au moment par exemple où la quantité d'eau qui s'engrange au barrage dépasse les besoins et risque de dégrader les installations. L'inondation est plus ou moins importante selon la hauteur des vantelles que l'on place dans la partie supérieure du barrage. Si elles restent fermées, l'inondation se fait plus importante et recouvre un terrain de plus en plus vaste en amont du moulin. Ce secteur est virtuellement condamné pour l'agriculture, de même d'ailleurs que pour l'urbanisation. La partie du vivier qui ainsi connaît une sorte d'affectation amphibie est appelée "queue du vivier". Le terrain est tantôt lourd, au meunier car il dépend de la manière dont il gère ses installations, tantôt loué à un manant qui y récolte le foin (si les retenues d'eau ou les inondations accidentelles ne l'en privent pas).
Mais on relève encore une dernière implication sur le paysage : si elle se trouve sur le cours principal de la rivière, la retenue d'eau a pour résultat, à long terme, d'accumuler des dépôts alluviaux. Le vivier représente en effet une zone où l'eau est peu agitée et où les particules transportées se déposent facilement. C'est ainsi que le vivier s'envase. Au bout d'un certain temps, l'eau se trouve remplacée par de la terre. Le barrage ne peut plus jouer son rôle. Il n'accumule plus qu'une faible quantité d'eau.
C'est à ce moment qu'il importe de procéder au curage du vivier. Afin de procéder à cette opération, il est nécessaire que le vivier puisse être vidé complètement, c'est-à-dire qu'on puisse disposer d'un caniveau disposé dans la partie la plus basse du barrage et faire sortir par là toute l'eau contenue dans le vivier (en veillant à "récolter" au passage tout le poisson qui peut se trouver contenu dans ce vivier). On "rigolera" ensuite le vivier (c'est-à-dire que l'on amènera l'eau et la boue à s'écouler par des rigoles). Certains moulins peuvent "mourir" par envasement de leur retenue d'eau. Ce fut apparemment le cas pour le tordoir de la Gage (à la Caffenière à Soignies, à l'emplacement actuellement occupé par l'étang communal), au tordoir de Jettefol (le long de la Brainette à Braine-le-Comtell) et au moulin (première version) de Pied'eau à la limite septentrionale de Ronquières.
Parmi les moulins à retenue d'eau attestés dans l'entité de Soignies, on peut identifier à coup sûr comme moulin à barrage (et donc à vivier) le moulin des Messieurs (ou Grand Moulin du Chapitre ou encore moulin Bosquet) à l'emplacement de la place Verte et de la place van Zeeland à Soignies, le moulin de la Gage (sur le ri Caffenière, juste en aval de l'actuel chemin Tiriâ) et le moulin de Biamont (sur la Senne, en aval de la ville).
D'autres moulins à eau de l'entité, ont pu être moulins à barrage mais les documents manquent pour se prononcer de façon certaine à ce sujet. C'est notamment le cas pour le moulin Delrouge (à la limite de Soignies et d'Horrues). La création de la chaussée de Soignies à Enghien a entraîné la modification profonde de la disposition des éléments du site, ce qui empêche aujourd'hui d'identifier d'éventuelles traces de barrage à cet endroit.
Le moulin d'Horruettes a pu également être moulin à barrage. on peut l'imaginer en observant la vaste prairie se trouvant en amont du moulin d'une part et la coïncidence entre la route traversant la rivière (à l'origine en passant devant le moulin et longeant le dispositif des vantelles) et l'alignement des bâtiments du moulin de l'autre.
Enfin, le moulin des Roquettes (situé sur le territoire de Thieusies, sur l'Obrecheuil), du fait de sa disposition, semble lui aussi se rattacher à la famille des moulins à barrage : ici aussi, une vaste prairie (d'ailleurs toujours utilisée à l'heure actuelle pour la culture très irriguée du cresson) se trouve directement en amont du moulin (installé dans un net resserrement de la vallée). Le chemin semble correspondre à une importante levée de terre. Ces divers moulins sont difficilement identifiables comme moulins à barrage dans la mesure où ils se sont trouvés transformés, au cours des temps, en moulins limitant leur retenue au lit proprement dit de la rivière.
On peut aborder ainsi la dernière catégorie des moulins à eau. Il s'agit de moulins dont l'alimentation est entièrement assurée par un barrage fait de vantelles coïncidant étroitement avec le lit de la rivière.
Techniquement parlant, ces moulins se présentent de la manière suivante : dans le lit canalises de la rivière, des montants (habituellement de pierre bleue) sont juxtaposés à intervalles réguliers. Entre ces montants, des planches servant de vannes sont glissées dans des rainures et peuvent être remontées ou descendues à volonté grâce à des engrenages à crémaillère. si l'on descend toutes les vannes, l'eau s'accumule rapidement dans le lit de la rivière. Pour faciliter cette accumulation, le rehaussement des berges peut s'avérer un aménagement utile. on distingue encore en plusieurs endroits les traces d'aménagements de ce type. Dans d'autres cas, la profondeur du lit de la rivière pourrait s'expliquer par l'accumulation antérieure de dépôts alluviaux en amont d'un moulin barrage.
Ce dispositif offre, à première vue, moins de "réserve" que les moulins à barrage proprement dits. L'eau ne s'étalant pas largement (en vivier) en amont du moulin, la réserve d'énergie hydraulique se trouve relativement réduite. Cet inconvénient peut être considéré comme de peu de poids si l'on se trouve sur un tronçon bénéficiant d'une alimentation constante et relativement abondante en eau et ne nécessitant donc pas l'apport de telles réserves. L'inconvénient disparaît également dans le cas d'un usage plus souple de la retenue d'eau (sur base d'une alternance rapide de phases d'accumulation et de phases d'utilisation), le meunier faisant alors de fréquents va-et-vient entre ses meules et ses vannes.
Quoi qu'il en soit, les moulins relevant de cette catégorie se trouvent le plus souvent sur des tronçons de rivière apparemment mieux assurés de bénéficier de quantités d'eau suffisantes ou, tout au moins, régulières. L'importance et le nombre des portiques témoignent souvent, dans la même perspective, en faveur de l'image de rivières au débit abondant, rivières dans lesquelles on peut en outre, en lâchant brusquement l'eau retenue par les vannes, obtenir une sorte de nettoyage naturel du lit du cours d'eau et remédier de cette manière à l'effet néfaste de l'accumulation d'eau derrière les barrages et à l'apparition de trop importants dépôts alluviaux.
On peut ranger dans cette catégorie de "moulins à portiques" des moulins tels que le moulin Delrouge, le moulin dit du Village et le moulin de Beaurepaire (dit aussi "usine de Beaurepaire") à Horrues. Le moulin ou "usine" de la rue des Trois Planches, à Soignies, appartient à cette même catégorie mais se double d'un curieux système de retenue d'eau sous la forme d'un étang annexé au cours principal de la rivière. Cet étang est commandé par une vanne qui permet de l'isoler de la rivière (sans doute en vue de conserver une quantité supplémentaire d'eau destinée à actionner cette ancienne scierie de pierres).
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