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Le rivage de la Grande Carrière
Dès le 18e siècle, des maisons destinées à des tailleurs de pierre commencent à s'établir en bordure de la "rue des Carrières" (extrémité actuelle de la rue Grégoire Wincqz). Un "rivage" se met ainsi progressivement en place. Le matériau local y tient évidemment une place importante. Les pierres des maisons antérieures à 1800 portent des marques de tâcheron (spécialement les TW de Thomas Wincqz). Les millésimes permettent de préciser la chronologie de la construction du rivage. 1843 marque son achèvement. L'architecture reste proche des modèles ruraux traditionnels. L'étage ne se distingue pas encore complètement du grenier primitif.
Le garage de la locomotive
A l'extrémité du rivage de la Grande Carrière, un hangar situé en bordure du Concédé servait à abriter la locomotive utilisée pour convoyer les wagons chargés de pierre vers la station du chemin de fer.
A la découverte de l'Ancien Monde
Aux abords immédiats du périmètre classé, plusieurs composantes à caractère patrimonial peuvent encore retenir l'attention.
La Senne, le Bercely et leur confluent
Le rôle joué par la rivière dans la détermination du site d'implantation des carrières impose qu'on y prête attention. La Senne prend sa source dans le village voisin de Naast et traverse le site de la Grande Carrière. Son voûtement dans ce secteur est particulièrement précoce. En amont, contre la "Grande Scierie", on aperçoit le point de convergence de la Senne (à droite) et du Bercely (à gauche). Ce dernier est canalisé entre la rue Grégoire Wincqz et le chemin Mademoiselle Hanicq. A l'aval de la Grande Carrière, la Senne réapparaît à hauteur des anciens bureaux de la carrière Rombaux.
Le Concédé
Directement rattachée à la gare de Soignies, cette ligne industrielles passait entre la Senne et les bureaux Rombaux. Le chemin incurvé qui joint ce point à l'extrémité de la rue Grégoire Wincqz est évidemment l'assiette de l'ancienne voie.
Les bureaux Rombaux
La "Grande Carrière" des Wincqz côtoyait la carrière Rombaux. Une partie importante du site de cette dernière à été remblayée et a servi d'assiette aux extensions de la Gobeleterie Durobor. Les bureaux sont heureusement conservés. Ils évoquent davantage l'architecture rurale traditionnelle que l'architecture industrielle.
La Centrale électrique Wincqz (1894)
Etabli en bordure du chemin Mademoiselle Hanicq, ce bâtiment correspond à une typologie originale. Il contenait le premier établissement de production industrielle de courants polyphasés en Belgique.
Malgré des mutations considérables, l'industrie du petit granit présente plus que jamais des dimensions spectaculaires. On soulignera aussi son grand intérêt et sa grande originalité sur le plan des techniques et des équipements mis en œuvre. Le travail des hommes et des machines sur le grand théâtre du siège d'extraction reste fascinant. Même si la sécurité interdit d'y faire circuler le touriste pendant les heures de travail, il est parfaitement possible d'assister, à partir d'un point de vue en cours d'aménagement, au spectacle de la carrière en activité: sciage de la masse à la haveuse ou à l'aide du fil diamanté, ballet incessant des chargeurs, transferts des ponts roulants et des portiques, chargements et déchargements, armures et disques diamantés.
Dans les ateliers, d'autres armures s'entêtent dans leur va-et-vient incessant. Des machines de conception plus récente (commande numérique et programmation informatique) préparent la finition qu'apportent toujours les tailleurs de pierre. Ceux-ci gardent vivants les gestes et les outils traditionnels, un antique savoir construit au fil des siècles.
Le monde de la pierre ne s'arrête pas à la porte de la carrière. Votre promenade pourra se prolonger dans les rues voisines et à l'ombre des mottes verdoyantes.
Sans quitter le "quartier des Carrières", vous pourrez découvrir une foule de maisons construites dans le courant du 19e siècle. Beaucoup portent un millésime et font une place de choix à la pierre bleue. Vous verrez plus particulièrement la rue Grégoire Wincqz, la rue Pierre-Joseph Wincqz, la rue des Trois Planches, la rue des Chauffours et la chaussée du Roeulx, sans oublier la rue Alfred Stekke et le chemin du Baudinet.
Quelques monuments retiendront votre attention: en bordure de la rue Grégoire Wincqz, la première école primaire fondée par des sœurs franciscaines en 1879; face à la place Joseph Wauters, l'église de l'Immaculée Conception (inaugurée en 1907); au carrefour de la rue Grégoire Wincqz et de la rue de l'Ecole Moderne, la Maison du Peuple (à l'enseigne de "La Concorde"); au carrefour de la rue Pierre-Joseph Wincqz et de la rue des Trois Planches, l'entrée de l'ancien château Wincqz, actuellement château Paternoster. L'édification de ce dernier remonte à 1838. Un vaste parc, traversé par la Senne, lui est annexé. A la limite de la rue des Trois Planches, l'ancienne "Usine des Trois Planches" était une scierie de pierre qu'actionnait l'énergie hydraulique produite par le biais d'un barrage édifié sur la rivière.
De l'autre côté de la ville, les carrières du Nouveau Monde semblent faire écho à des paysages désormais familiers: des mottes, une excavation vertigineuse, des bureaux, des scieries et une centrale électrique.
Quelques pèlerinages encore: pour voir la haute statue de bronze de Pierre-Joseph Wincqz (1879) à l'entrée de la rue qui porte son nom (à proximité du couvent des Franciscaines); pour découvrir la statue du tailleur de pierre (par Léo Grandmoulin) dans le square faisant face à la gare, en haut de la rue de la Station; pour se recueillir peut-être devant les monuments funéraires des maîtres de carrières, Wincqz, Rombaux, Pater, Bottemanne et Depret, dans l'enclos du Vieux Cimetière, à deux pas de la collégiale millénaire. Pour s'émouvoir encore devant les monuments, les stèles et les caveaux, toutes les tombes somptueuses ou modestes qui, dans le nouveau cimetière, en bordure de la chaussée de Braine, gardent, inscrite dans la pierre, la mémoire de ceux qui ont fait la gloire de Soignies.
Désormais, la même émotion vous saisira peut-être lorsque, au hasard de vos promenades, une vieille chapelle moussue, un linteau armorié ou une porte de pierre arrêtera vos pas. Des dizaines de générations de tailleurs de pierre ont œuvré pour donner forme ou pour embellir notre cadre de vie. Ils ont travaillé avec la conscience de laisser un témoignage durable. Leur métier était et reste de fonder le patrimoine.
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