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De 1700 à 1840: l'ascension.
Comment la pierre de taille fait son apparition à Soignies.
Il faut attendre les environs de 1700 pour assister à l'éclosion des premières carrières sonégiennes de pierre de taille, c'est-à-dire plusieurs siècles après le développement des carrières et des chantiers de taille d'Ecaussinnes, Feluy, Arquennes et Maffle. Les raisons de ce retard sont peu claires.
On ne peut d'abord affirmer avec certitude que le gisement est bien identifié. Les vieilles "carrières à moellons" et autres "fosses à cailloux" semblent s'être quelque peu assoupies depuis le 15e siècle. L'avenir montrera que la "bonne pierre" se trouve dans l'actuel secteur du chemin Mademoiselle Hanicq et non à l'emplacement des carrières exploitées à la fin du moyen âge. L'affleurement est-il accessible ? Est-il dûment reconnu ? Rien ne permet de l'affirmer. Une deuxième raison pourrait tenir à la réticence des chanoines, seigneurs du lieu, face à l'exploitation du sous-sol local. Mais aucun document ne permet d'être affirmatif à cet égard.
La véritable raison tient peut-être à des problèmes techniques: le secteur où affleure la "bonne pierre" (chemin Mademoiselle Hanicq) ne présente qu'un relief assez peu marqué ne favorisant pas un écoulement naturel des eaux de la carrière vers la rivière. C'est donc peut-être le problème de l'exhaure qui a retardé la mise en exploitation systématique du gisement sonégien de pierre de taille. Quoi qu'il en soit, des moulins à vent jouxtent les carrières connues au 18e siècle. Ces moulins, dont un exemplaire est toujours en activité au milieu du 19e siècle, servent à pomper l'eau qui s'accumule au fond des "trous" exploités dans le voisinage de la rivière.
Les premiers maîtres carriers
Les noms des premiers maîtres de carrières et tailleurs de pierre sonégiens indiquent un transfert de technologies.
Les Bottemanne viennent d'Ecaussinnes et les Wincqz de Feluy. Il en va de même pour les Scruelle et sans doute pour beaucoup d'autres.
Très vite, les producteurs sonégiens s'installent sur les principaux marchés du temps. Ils profitent de la création de la chaussée de Mons à Bruxelles (première chaussée pavée dans les Pays-Bas méridionaux) pour occuper une situation stratégique. La première livraison connue des Wincqz sur le chantier de la collégiale Sainte-Waudru à Mons est exactement contemporaine de la mise en œuvre de la chaussée. Cette dernière leur permet également d'atteindre Bruxelles et de là Malines et Anvers.
La dispersion géographique des marques de tâcherons, en fait ici marques de maîtres de carrières, trahit l'élargissement rapide des horizons commerciaux. Les Wincqz traitent des affaires considérables. On les rencontre sur des chantiers éloignés. Ils affichent une réussite indiscutable. Un d'entre eux étudie l'architecture à Paris. Ils sont associés à la reconstruction des abbayes, des châteaux, des grandes censes et des belles demeures urbaines. Dans leur ombre, les Deprets, Bottemanne et autres Rombaux illustrent le fait que Soignies soit alors une pépinière d'entrepreneurs, que les trous d'extraction s'y côtoient, que la main d'œuvre s'y multiplie. Le tout dans un périmètre étroit dont témoigne la carte de Ferraris.
Au temps de la carte de Ferraris (vers 1775)
Les caractères du site des premières carrières de pierre de taille de Soignies peuvent dès lors se définir de la manière suivante: fond de vallée et proximité immédiate de la rivière (la Senne), point d'affleurement du délit à l'terre (indice géologique utilisé pour localiser les meilleurs bancs), liaison aisée avec la chaussée joignant Le Roeulx à Soignies et, par l'intermédiaire de cette dernière, à la chaussée de Mons à Bruxelles.
Vers 1775, les sièges d'extraction ont encore l'allure de "trous" aux contours informes. Des mottes où l'on accumule la terre et les déchets d'extraction sont établies au hasard du parcellaire. Des maisons ouvrières d'allure modeste apparaissent et commencent à former une petite concentration que l'on appelle déjà "hameau des Carrières".
Sur le plan de l'archéologie et des vestiges matériels, il reste peu de traces de cette période: l'un ou l'autre bouleversement de la surface du sol dans le secteur du chemin de la Palade (ancienne motte ?) et quelques maisons ouvrières dans les environs immédiats de ce qui sera connu au siècle suivant sous le nom de "Grande Carrière".
Sur le plan des produits, les témoignages sont, par contre, beaucoup plus nombreux : du monument funéraire des Wincqz dans le Vieux Cimetière de la ville aux nombreuses pierres portant leur marque dans un hinterland de plusieurs dizaines de kilomètres de rayon. Déjà, les Wincqz semblent davantage attirés par les grands chantiers du temps que par les commandes limitées qui peuvent émaner du marché local.
L'existence dès 1785 d'une pompe à feu dans l'entreprise que dirige Thomas Wincqz est un signe qui ne peut tromper. L'entrepreneur est capable de lourds investissements. Il sait l'intérêt des techniques nouvelles qui se diffusent à partir de l'Angleterre. Il mise sur l'avenir.
Le coup de frein de la Révolution française
Les troubles consécutifs à la Révolution française perturbent considérablement l'industrie des carrières. Les commandes chutent. Bon nombre d'anciens clients, abbayes et grands seigneurs, disparaissent. Vers 1800, l'administration du canton de Soignies évoque le triste sort de "passé cinq cents malheureux journaliers qui sont réduits à la misère la plus affreuse par l'anéantissement de l'exploitation des carrières de pierres bleues".
Même s'il est un peu forcé, le tableau traduit une crise profonde. Pas au point cependant de faire disparaître les entreprises implantées dans le courant du 18e siècle. En 1812, la famille Rombaux emploie encore 42 personnes, les "héritiers Botman" et Grégoire Wincqz pas moins d'une vingtaine. En 1808, le sieur Marouzé exploite une scierie de pierre actionnée par l'énergie hydraulique.
Un patrimoine qui se construit au fil du temps
En 1811, trois fours à chaux emploient 15 ouvriers en tout. Les six carrières dont l'existence est attestée en 1812 occupent près d'une centaine de personnes. Un peu plus d'une trentaine d'années plus tard (1846), ce nombre est passé à 659. Ce succès s'explique de diverses manières.
Souvent décriée, la période hollandaise a pourtant été particulièrement favorable pour le monde des entreprises. Quinze années de paix font renaître la prospérité. L'économie est l'objet de soins attentifs. La mécanisation est encouragée. Les prix ne peuvent que s'en trouver allégés. Une politique du même type sera poursuivie après la Révolution qui assure l'indépendance à notre pays.
Pour faire face aux commandes, les principales entreprises s'équipent, ici d'un moulin d'exhaure, là d'une machine à vapeur, plus loin d'une scierie hydraulique. Les patrons ont, dans le même temps, le souci des chaussées (notamment le "pavé des Carrières" qui les relie directement à la chaussée de Mons à Bruxelles) et de tous les moyens de communication qui peuvent désenclaver leurs chantiers. Préfigurant l'avenir, Grégoire Wincqz pratique une politique têtue d'accroissement de ses propriétés immobilières. Il étend ainsi l'assiette de ses propriétés, se constitue des réserves et, indirectement, bride la concurrence. A sa mort en 1852, son fils, Pierre-Joseph, détient un véritable domaine de 45 hectares, sans compter 11 hectares qui lui viennent de sa mère.
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