Le Nouveau Monde c'est aussi ... un quartier
A l'est de la ville, le quartier des Carrières (jusqu'à la chaussée du Roeulx) apparaît comme le fruit du développement des carrières dites de l'Ancien Monde. À l'ouest, le quartier du Nouveau Monde résulte quant à lui du développement des carrières du Nouveau Monde, au premier rang desquelles se place la société anonyme des Carrières du Hainaut.
Ce développement urbain se situe pour l'essentiel entre 1888 et la Première Guerre mondiale. En témoignent notamment les nombreux millésimes que l'on découvre sur les façades des maisons ouvrières établies en bordure de la rue Tour Petit-Château.
L'urbanisation qui se manifeste dans ce secteur est d'abord un phénomène spontané. On y construit en bordure d'une voie existante, en l'occurrence l'un des tronçons parcourus par les pèlerins du lundi de Pentecôte (Tour Saint-Vincent).

Puis, c'est un véritable quartier qui se structurera autour du carrefour où se rencontrent la rue de Cognebeau, la rue du Nouveau Monde, la rue du Tour Petit-Château et la rue du Tour Bras-de-Fer. Pour qui est attentif à la structuration de l'espace, ce carrefour apparaît comme le parfait correspondant de la place du 30 Juillet dans le quartier des Carrières (Ancien Monde).
Le carrefour du Nouveau Monde n'est, à l'origine, que le point de rencontre de trois chemins ruraux et de deux sentiers de champs. Du fait du développement des carrières, l'ancien sentier de Germes se transforme en rue du Nouveau Monde. Il présente d'emblée l'avantage de relier les nouvelles carrières à la chaussée de Mons à Bruxelles, à la gare de Soignies et au dépôt du vicinal. Directement greffé sur le centre urbain, il s'identifiera sans peine avec l'axe de développement de l'ensemble du quartier.

Outre les boutiques rassemblées au carrefour évoqué ci-dessus, le quartier présente un grand nombre d'exemples de ces maisons ouvrières telles que les concevaient les entrepreneurs au tournant des 19e et 20e siècles : façade de briques (avec soubassement et linteaux de pierre) percée d'une porte et d'une fenêtre au rez-de-chaussée, de deux fenêtres à l'étage; la porte donnant accès à un couloir qui dessert un salon (en façade), une salle à manger (vers l'arrière) et une cage d'escalier conduisant à trois chambres (étage), escalier sous lequel s'ouvre l'entrée de la cave. Au-delà d'une cuisine et d'une petite cour, un long jardin potager accompagne généralement cette maison typique de la famille ouvrière de la fin du 19e siècle.

Une clientèle étendue et de premier choix
Les carrières de pierre bleue du bassin de Soignies ont progressivement conquis un marché de dimension internationale. Dès 1894, la société anonyme des Carrières du Hainaut livre couramment, outre à l'intérieur de nos frontières, en France, Pays-Bas, Allemagne, Danemark, Russie, Indes néerlandaises (évidemment par le biais des Pays-Bas) et Argentine.

Dès les premières années de l'existence de la société, l'essentiel des expéditions se fait par rail. La situation de la carrière en bordure de la ligne Paris-Mons-Bruxelles-Amsterdam constitue à cet égard un atout de première importance. En 1903, on compte ainsi une moyenne de 25 wagons de produits expédiés tous les jours à partir de la gare privée de la société.

La société anonyme des Carrières du Hainaut intervient de cette manière sur les chantiers les plus prestigieux. Elle fournit, en 1905-1906, l'arcade monumentale du Cinquantenaire. Elle livrera en 1934 les pierres pour les Grands Palais du Centenaire (Heysel). Durant cette même année, les produits se répartissent entre les destinations suivantes : France, Pays-Bas, Allemagne, Suède, Maroc, Angleterre (et colonies), Danemark, Suisse, Brésil, Afrique du Sud, Italie et Argentine.
C'est peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale que le transport routier tendra progressivement à se substituer au transport ferroviaire.

Durant les vingt dernières années, l'importance des quantités extraites et expédiées a sensibilisé les habitants des voiries voisines. On se souvient notamment de la noria des camions acheminant les braumes vers Zeebrugge (1981-84) et de ceux qui livrèrent les argiles de découverture achetées par Desimpel (à partir d'août 1995). Aujourd'hui, l'importance des produits expédiés à partir de l'unité de concassage explique la mise en chantier d'une route industrielle permettant au charroi des carrières d'éviter l'essentiel de l'agglomération.

La centrale électrique, sanctuaire d'un dieu nouveau (1892)
Construire une centrale électrique à la fin du 19e siècle, ce n'est pas seulement installer une machine à vapeur (alimentée par une chaudière au charbon) et des génératrices. C'est aussi concevoir le bâtiment qui abritera ces divers équipements.

A cet égard, les administrateurs de la société anonyme des Carrières du Hainaut ont manifestement eu le souci de faire œuvre architecturale. De sa haute toiture en bâtière couronnée d'un lanterneau, la centrale dominera le long alignement des scieries.

Malgré les transformations subies (et notamment la disparition des machines entre 1926 et 1929), le bâtiment conserve aujourd'hui l'essentiel de son allure d'origine. La pierre y est employée en abondance tant pour le pignon débordant et pour la baie d'inspiration palladienne qui perce le sommet de son pignon que pour les montants qui rythment les murs gouttereaux ou bordent la façade. Mais le bâtiment, trahissant en cela les évolutions techniques du temps, fait également une place importante au métal (remarquable charpente métallique, longue traverse sous le pignon, linteaux sur le mur gouttereau).

Quelques photographies anciennes permettent de se représenter la centrale au moment de sa splendeur: l'intérieur se trouve divisé en deux niveaux dont le sol est couvert du même carrelage contrasté. Les murs sont entièrement couverts de lambris. Grâce aux grandes baies des pignons et aux fenêtres percées sur le côté nord-est (sans compter le lanterneau), des flots de lumière se déversent sur les machines. Autant d'éléments qui font de la centrale une sorte de laboratoire bien plus qu'un atelier, le reflet d'une conception nouvelle de l'énergie, presque le lieu de culte pour un dieu nouveau.

Si l'on peut regretter la transformation du rez en 1929 en vue de l'installation de trois armures de scierie (de là le millésime et les trois portes percées à ce niveau), on se réjouira que de cette manière (et à ce prix) ait pu être sauvé un témoin architectural rarissime et de qualité en même temps que le symbole éloquent d'un moment essentiel de notre histoire industrielle.

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