1985 : enfin, l'amorce du redressement et le présage d'une nouvelle prospérité
Pour éviter la faillite et la fermeture de l'entreprise, des mesures plus radicales s'imposent alors. La réorganisation de février 1985 aboutit au départ, sur base de la législation relative à la prépension, d'un nombre important d'ouvriers. Sur cette seule année 1985, l'effectif de la carrière passera en effet de 387 à 295 personnes soit une diminution de près de 24 %. L'année 1986 verra quant à elle le départ de M. Michel Lemaigre, administrateur-délégué de la carrière depuis 1957. C'est son fils, Eric Lemaigre, qui prend alors le relais.

Les conditions d'assainissement sont ainsi réunies pour permettre à un gros investisseur, en l'occurrence la Compagnie financière Eternit, d'injecter une importante dose de capital frais dans l'entreprise. La société sonégienne renouera dès lors avec les bilans bénéficiaires (de plus de 12 millions FB en 1986 à près de 77 millions FB en 1995) et s'engagera dans la voie d'une croissance nouvelle. Préparé par une forte réduction du personnel, le redéploiement de la société prend appui sur une mise en exploitation intensive du nouveau gisement (une initiative remontant déjà à 1977) mais également sur l'acquisition, pour la mise en valeur de ce même gisement, d'un nouveau pont roulant ainsi que sur un accord signé avec la société Gralex pour la valorisation des sous-produits. Un nouvel horizon se fait ainsi jour à l'extrémité nord de la carrière (côté chemin de Neufvilles) et voit la mise en place d'une importante unité de concassage. Le développement progressif d'un charroi considérable accompagne l'apparition de ce nouveau secteur de production. Ce qui ne va pas sans poser d'importants problèmes auprès des riverains de la carrière et dans les principales voies de passage à travers l'agglomération de Soignies.

L'augmentation impressionnante du chiffre d'affaires (au-delà du milliard dès 1991 et de 1,3 milliards en 1996) en même temps que la réévaluation du dividende versé aux détenteurs des actions de la société traduisent la nouvelle santé de l'entreprise centenaire. Cette santé ne se conçoit pas sans des investissements nouveaux et des initiatives dans le domaine de l'équipement. L'année 1995 est ainsi marquée par des investissements de l'ordre de près de 250 millions FB, investissements qui portent essentiellement sur le renouvellement d'une part importante de l'équipement électrique et sur la mise en place des "Grands Disques".

Alors que s'annonce l'aube du troisième millénaire, la société redéfinit ses objectifs et sa stratégie. La mode des grands aménagements urbains (piétonniers, revalorisation des espaces publics, création d'environnements de qualité ...) favorise le retour en vogue des matériaux nobles tels que le petit granit dont les qualités de solidité et de stabilité face aux intempéries ne sont plus à démontrer. Grâce aux prix concurrentiels que la mécanisation permet aujourd'hui de proposer, les façonnés retrouvent les grâces du public et reconquièrent des marchés naguère perdus au profit notamment de produits appartenant à la grande famille des bétons. Une gestion serrée des sous-produits permet par ailleurs la valorisation de ressources accessoires (argiles, raches ...) et l'amélioration globale de la rentabilité de l'entreprise. Une mécanisation croissante et irréversible coïncide par ailleurs avec une professionnalisation plus grande de la main-d'œuvre. Moins abondante mais toujours indispensable, cette main-d'œuvre spécialisée change progressivement de profil. Le défi qui se pose à elle est celui d'une productivité croissante assurée par des équipes de plus en plus sensibilisées aux impératifs liés à la recherche de la qualité et à l'amélioration incessante de l'efficacité. La machine (et donc l'investissement) apparaît à cet égard comme le facteur essentiel du développement. La commercialisation du produit à travers une approche renouvelée du marketing (tant comme technique que comme politique ou comme philosophie) s'impose dès lors comme le meilleur stimulant et le meilleur guide pour le développement futur de la S.A. des Carrières du Hainaut. Dans le monde des carrières comme dans tout autre secteur relevant du commerce, l'adage du "client roi" reste plus que jamais d'actualité.

X. Les mutations à l'œuvre
Mutation du travail
Parallèlement à cette succession de phases contrastées, l'histoire de la S.A. des Carrières du Hainaut dans le courant des cinquante dernières années se définit aussi selon le rythme plus long et plus lent de quelques évolutions moins soumises aux accidents de l'histoire immédiate. Ainsi en va-t-il de l'érosion progressive du nombre de "tailleurs de pierre". Fini le temps où les jeunes apprentis se pressaient nombreux dans les hangars qui leur étaient destinés à l'entrée de la carrière. Associée à une mécanisation croissante, la prolongation de la scolarité a pratiquement sonné le glas d'une formation professionnelle destinée aux futurs tailleurs de pierre et se déroulant en carrière. Certes, il y a encore place ici pour des tailleurs de pierre mais il s'agira surtout pour ces derniers d'apporter la "touche" que la machine ne peut donner plutôt que de réaliser des pièces que l'on commandera aujourd'hui à des "artisans" indépendants œuvrant en dehors des entreprises industrielles.

L'électricité au service d'une maîtrise absolue
C'est l'électricité qui joue aujourd'hui le rôle décisif à l'avant-scène du grand théâtre de la carrière. La souplesse de son utilisation lui a permis de remplacer la force humaine dans pratiquement tous les domaines de l'industrie du façonnage de la pierre bleue. Et malgré qu'elle ait gardé son allure traditionnelle, la carrière se trouve fondamentalement métamorphosée. Du pont roulant au pont-portique, de la scierie à l'atelier de taille ou à la marbrerie, l'électricité permet toutes les manipulations et tous les traitements. Animées par elle, de nombreuses machines véhiculent, débitent et façonnent des produits finis d'une parfaite uniformité. Machine et électricité forment aujourd'hui le couple idéal que le technicien commande du bout des doigts. Cela signifie également que les pierres issues de la carrière prennent aujourd'hui l'allure stéréotypée de purs produits industriels.

Du rail à la route
Une autre mutation qui aura profondément imprégné les cinquante dernières années est celle qui se marque aujourd'hui par le recours systématique à la route pour toute forme d'expédition des produits de carrière. À cet égard, l'expédition par chemin de fer des "braumes" destinées au port de Zeebrugge a constitué la dernière grande opération d'expédition ferroviaire pour la S.A. des Carrières du Hainaut.

L'importance de l'informatique
En 1980, l'informatique a été introduite dans la société. Il faut savoir que, avant cette année 1980, la société était relativement limitée en termes d'informations orientées vers la gestion.
Avec l'achat de ses ordinateurs, la S.A. Carrières du Hainaut a entrepris aussitôt les applications de base:
- la facturation et tous ses sous-produits;
- la gestion administrative du personnel;
- la comptabilité générale et le suivi des fournisseurs;
- la comptabilité analytique et la gestion budgétaire;
- la gestion du magasin de consommation;
- la mise en commande des produits marbriers (marbreries I & II);
- les applications de suivi de production aux scieries, à la marbrerie I et au Train Breton, aux grands disques et aux monolames et monofils.

Début 1997, les Carrières du Hainaut ont décidé de relier en réseau tous les ordinateurs: ceci constituait un pas en avant important dans la circulation et le partage de l'information au sein de la société.
L'idée de poursuivre l'informatisation a été entérinée par le Comité de Direction et consiste en un plan de trois ans qui est en cours de réalisation:
- l'utilisation de l'outil informatique dans la problématique du suivi des tranches sciées et y compris la facturation;
- la généralisation de la procédure administrative appliquée à la Marbrerie I et aux autres produits;
- la gestion informatisée du fichier des architectes;
- le pointage des hommes du service entretien;
- la systématisation du suivi des pannes.

Les derniers chevaux de carrières
Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, les exploitants de carrières présentent bien des traits communs avec les exploitants agricoles. Comme eux, ils exploitent les ressources du sol. Comme eux, ils aspirent au soleil et à la bonne saison. Comme eux, ils entretiennent une écurie et transportent leurs produits sur des chariots ou des traîneaux ("esclides").

Pour le maître de carrières, le cheval représente, en dehors de la force humaine, la principale source d'énergie utilisable en carrière. Cette dernière est d'autant plus précieuse que l'animal peut opérer sur des terrains encombrés et irréguliers comme peut l'être un siège d'extraction. Le cheval sera utilisé pour actionner les cabestans et pour tirer les traîneaux et les chariots.
Le cheval est encore présent dans la première image que l'on peut se faire des origines des "carrières du Hainaut". Il est surtout utilisé au siège d'extraction. Dès 1903 cependant, les documents signalent qu'il vient d'y être remplacé par de petits treuils électriques portatifs. Des 29 chevaux que comptait la carrière dans un premier temps, il n'en reste que 9 en 1904 et 5 en 1905. La grande vue de 1905 en montre encore deux tout au fond du siège d'extraction. le plus proche est utilisé pour la traction d'un chariot sur rail. En surface, le ballet des locomotives et des grues locomobiles les a avantageusement remplacés.

Page Précédente
- Page suivante  -  Retour à la table des matières