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IX. De 1960 à aujourd'hui: l'économie en révolution
Les grandes tendances historiques
La période qui conduit de la fin de la Seconde Guerre mondiale à aujourd'hui se subdivise, sur le plan de l'histoire de la S.A. des Carrières du Hainaut, en quelques séquences caractéristiques.
On vient de le voir, il s'agissait dans un premier temps de relancer l'outil en amortissant, autant que possible, les contrecoups de la guerre (et des émotions et autres accidents que soulevait encore la "Guerre froide"). Suivra, après l'épisode de profonde crise sociale qui vient d'être évoqué (1959-1960), un temps de relative euphorie correspondant pour l'essentiel aux "Golden Sixties". La crise pétrolière (à partir de 1973) ne se fait sentir dans le domaine des carrières que de manière indirecte. Toutefois, le phénomène général qui bouleverse le monde des entreprises à partir de ce moment ne manque pas de toucher la S.A. des Carrières du Hainaut et c'est avec un décalage de quelques années que les contrecoups liés à la grande crise mondiale se marquent au niveau de l'entreprise sonégienne. Faute de refinancement et d'adaptation aux nouvelles exigences de la vie économique (notamment en matière de gestion), la S.A. des Carrières du Hainaut subit une crise profonde au début des années quatre-vingt. Un redéploiement intervient alors qui s'accompagne d'un remodelage en profondeur de toutes les composantes de l'entreprise. C'est grâce à cette relance que la société dépassera le milliard de chiffre d'affaires annuel et renouera avec des bilans bénéficiaires.
Golden Sixties ... les bien nommées
Particulièrement durs, les mouvements sociaux qui agitent les années 1959 et 1960 semblent, tout en marquant le terme d'une décennie difficile, constituer le présage d'une reprise économique remarquable. La conjoncture générale se révèle tout à coup plus favorable tandis que les conflits sociaux manifestent un très net recul. Syndicats et patrons se rejoignent alors pour mettre en évidence l'embellie remarquable qui se fait jour à ce moment.
En 1962, Jules TAMINIAUX, secrétaire général de la "Centrale des Ouvriers de la Pierre" souligne que les "exercices 1960-1961 ont été marqués par une reprise remarquable dans tous les secteurs de notre industrie. Il n'y a pas eu de chômage. Partout on a travaillé à traits complets. On a même manqué de main-d'œuvre. Les carrières de petit granit, grès et porphyre ont bénéficié d'une importante fourniture de blocs pour les digues de mer de Zeebrugge et Ymuiden en Hollande; pour satisfaire les demandes en concassés, il a fallu souvent travailler à deux équipes; en chaux et dolomie, on a atteint une production jamais égalée. Cette situation favorable a permis d'obtenir des améliorations substantielles, mais elles auraient été meilleures encore si en certains endroits l'indifférence d'un certain nombre de travailleurs n'avait freiné notre action ... Le processus de modernisation de l'outillage et de concentration des entreprises a eu pour conséquence d'influencer défavorablement le volume de l'emploi. Le nombre d'ouvriers occupés a sensiblement diminué, entraînant évidemment une diminution de nos effectifs, bien que cependant la proportion de syndiqués soit relativement peu élevée. Les salaires ont subi partout des augmentations notables ... La semaine des 45 heures est généralisée ... La nomination des inspecteurs ouvriers prévue par la loi de 1960 nous a astreint à de nombreuses démarches".
Le 26 avril 1962, Michel LEMAIGRE, s'exprimant au nom de l'ensemble des carrières de Soignies, annonce officiellement la Quinzaine de la Pierre (du 15 au 30 juin) en évoquant les défis du "Marché Commun". Cette manifestation connaîtra un important succès et laissera dans les mémoires le souvenir de l'expression grandiose des qualités d'un produit tout à la fois traditionnel et moderne.
Ensuite, les bonnes années semblent s'enchaîner les unes aux autres et, malgré les intempéries et les hausses salariales qu'il "faut" consentir, le bénéfice de l'exercice annuel connaît une envolée spectaculaire qui ne se trouvera interrompue que dans le courant de l'année 1971. Durant toute cette période, les bilans annuels présentés aux administrateurs témoignent d'un optimisme que rien ne semble pouvoir démentir. Toutefois, la suite montrera que la société vit sur ses acquis et ne perçoit pas les mutations qui s'amorcent ou s'annoncent.
1971 ... les premières alarmes
L'année 1971 correspond au début d'une lente mais inexorable dégradation de la situation financière globale de l'entreprise. Le phénomène emportera alors cette dernière dans une longue glissade qui, malgré l'un ou l'autre redressement passager, ne s'arrêtera qu'une quinzaine d'années plus tard et sera notamment marquée par le long conflit social de 1971, la dégradation de la situation commerciale à partir de 1972 avec aggravation dès 1973 du fait de l'irruption de la crise pétrolière et de ses conséquences, l'augmentation des frais d'exploitation (1974) et le ralentissement de la conjoncture (1975). Le tout sur fond de difficultés diverses dans le domaine de la mise en exploitation proprement dite du gisement (1976).
L'ouverture du nouveau gisement (1977) semble donner un coup de fouet à l'ensemble de l'entreprise. L'investissement est important (62 millions en trois ans) et laisse augurer une amélioration sensible des conditions d'exploitation en même temps que des résultats financiers de la société. Le nouveau gisement se situe dans le prolongement du gisement d'origine et l'élargit progressivement vers l'ouest, soit dans la direction de Neufvilles. Empiétant toujours davantage sur le plateau, il impose l'enlèvement préalable de couches de plus en plus importantes de terrains argileux. Dans le courant des années '90, un nouvel élargissement conduira à l'installation d'une voirie privée contournant toute la carrière par l'ouest et aboutissant au chemin de Neufvilles. La "Route de la Pierre Bleue" confirmera cette modification radicale quant à l'ouverture de la carrière vers le réseau routier local.
Les premières années qui suivent la mise en exploitation du nouveau gisement semblent coïncider avec une phase de redressement de l'entreprise. Les bilans financiers annuels retrouvent un certain optimisme entre 1977 et 1980.
1981 L'année la plus difficile depuis la création de la société
Mais c'est pour mieux replonger. Après l'exercice 1980, pendant lequel on relève un ralentissement de la conjoncture, l'année 1981 est considérée comme la plus difficile depuis la création de la S.A. Malgré la providentielle commande de "braumes" pour Zeebrugge, la situation est telle que l'on conclut cette année avec un bénéfice pratiquement nul. L'exercice suivant (1982) se solde par une perte de plus de 40 millions FB. Le phénomène se renouvelle et s'aggrave en 1983 (perte de plus de 54 millions FB). Malgré les mesures prises (augmentation du capital, création d'actions nouvelles, mise sur pied d'un comité de direction, nomination d'un commissaire-reviseur), la perte reportée à l'issue de l'exercice 1984 se monte à plus de 127 millions FB.
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