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Vieux cimetiere

Le Vieux Cimetière
Situation: le Vieux Cimetière se trouve dans le centre ancien de la ville, à plus ou moins 150 mètres de la Collégiale. On y accède tout au bout de la rue Henry Leroy.

L'origine du cimetière n'est pas connue avec précision. La première mention du vieux cimetière date de 1320, on parlait alors de Nouvel Atre.  L'ancien âtre se trouvait autour de la Collégiale. On pourrait le dater des environs du 12° siècle, même peut être avant.  Une communauté de bourgeois se feront enterrer d'abord à l'intérieur de la chapelle puis à l'extérieur. 

Ce cimetière va servir de sépulture pour tous les sonégiens jusqu'à la fin du 19° siècle. A ce moment, Soignies se développe, il y a les carrières.  La ville passe de 4000 à 18000 habitants.  Le cimetière n'est plus suffisant.  De plus, on considère qu'il contamine les puits du voisinage (comme celui qui alimente la fontaine Saint-Vincent à la rue Hachez). En 1890, on interdit d'enterrer dans ce cimetière. A cette époque apparaît Monsieur Amé Demeuldre (voir un monument en son honneur près de la chapelle) qui est notaire à Soignies, qui a sans doute une bonne fortune personnelle et qui abandonne son étude pour se consacrer complètement à l'histoire et à l'archéologie.  Il va dans un premier temps, en 1893, 3 ans après la fermeture du cimetière, fonder le cercle archéologique du canton de Soignies en collaboration avec les autorités communales de la ville. En 1895, il sauve la chapelle en en faisant le musée du cercle archéologique qui comporte une belle collection de pierres sculptées, les objets provenant des fouilles de la Coulbrie et de l'Espesse et une foule de témoins du passé local. Le bâtiment reste propriété communale et les collections appartiennent au cercle archéologique. Grâce à Amé Demeuldre cet espace reste tel qu'il est.

En sauvant la chapelle, il sauve les monuments qui se trouvent autour et il publie un inventaire des inscriptions funéraires. Il met en valeur l'espace, il fait des photographies et amène les gens à s'intéresser au Vieux Cimetière.

Ce lieu est très intéressant tant par sa situation que par ses monuments d'une part. Il y en a près de 150; ils sont en général en pierre bleue de Soignies ou d'Ecaussinnes. Certains d'entre eux ont été restaurés.  A l'intérieur du Cimetière, la chapelle servait pour les enterrements de troisième catégorie c'est à dire les enterrements tout simples (les autres enterrements se faisaient à la Collégiale). Le plus ancien monument date de 1349 et se trouve dans la chapelle, c'est une dalle funéraire. La chapelle qui occupe le centre de la parcelle et qui apparaît directement au visiteur lorsqu'il pénètre dans le parc, se compose de deux parties que les matériaux utilisés permettent de distinguer facilement.  Elle a parfois été datée du IX° siècle (l'actuelle chapelle aurait toutefois été construite sur l'emplacement de l'ancienne car elle est plus récente).

Au sud s'étire une chapelle d'origine romane en moellons de calcaire.  On remarquera spécialement la porte "ouest" et son linteau en mitre. Cette chapelle est mise en valeur par une série de pierres tombales très anciennes (le long des murs à l'extérieur et à l'intérieur et à divers endroits au milieu du pavement) . Certaines remontent au XIV° siècle.  L'ancien autel de cette chapelle était constitué par une énorme pierre tombale du XIV° siècle en pierre bleue. L'autre partie, a été ajoutée à la chapelle romane, et est en blocs équarris et en briques.  Elle remonte à 1647. C'est une sorte de choeur où se trouva l'autel.  Ce dernier existe encore actuellement et présente la particularité de posséder des panneaux amovibles qui portent d'un côté des scènes peintes de l'Ancien Testament et de l'autre des motifs funèbres, ossements et têtes de mort.  La chapelle servait en effet à des usages funéraires.

En 1866, on enterra dans le fond du vieux cimetière plus ou moins 300 sonégiens victimes d'une épidémie de choléra.  D'où la présence du monument de Saint-Macaire. (Saint-Macaire vient d'Asie Mineure et meurt de la peste à Gand en 1010 ou 1012.)

L'abbé de Saint-Denis demande pour avoir la châsse de Saint-Macaire.  Elle s'arrête à Obourg.  A Mons, on fait une chandelle de 4,4 Km de long. Les montois renvoient une châsse en argent aux gantois pour les remercier. Cette châsse se trouve dans la Cathédrale Saint-Bavon)

Dans le reste du cimetière, il y a des monuments funéraires, tels qu'on les voit aujourd'hui, certains ont été déplacés. Déjà à ce moment-là, ce n'était plus un cimetière mais un parc. Il y a peut être déjà des bancs mais ce n'est pas certain.  Le fait que ce soit un parc avec des parterres est assez particulier à la fin du 19° siècle. C'est une idée nouvelle qui viennent de la capitale.  Et un parc parsemé de toute une série de tombes est encore plus particulier.

Dans le parc actuel, on peut voir des tilleuls centenaires, des chapelles funéraires qui bordent les allées et que complètent un chemin de croix et un calvaire (de la seconde moitié du XVIII° siècle et début du XIX°).  Ce calvaire se rapproche de ceux que l'on peut trouver en pays breton.  Il aurait été taillé par Jean-Joseph Bottemanne (Maître de carrière et artiste réputé pour ses calvaires  à Mont de Mainvault et Lens).  Ce calvaire voisine avec le monument funéraire de Grégoire Wincqz (premier du nom), né en 1708 à Feluy et mort en 1794 à Soignies. Il était le fils de Jean Wincqz, fondateur des carrières Wincqz.

Ce monument funéraire de Jean-Joseph Bottemanne est l'exemple parfait d'une création composite; le sculpteur ayant notamment pris pour modèle un homme aux vers ou "homme à moulons" en pierre bleue du 15° siècle actuellement conservé dans la chapelle.

Les nombreuses chapelles de style régional (sinon typiquement sonégien) sont dites "en caisse de violon".  De nombreuses inscriptions sont toujours lisibles. Le monument funéraire de la famille Rombaux est aussi remarquable.  Il est surmonté des outils du tailleur de pierre: un compas, un maillet.

En 1901, on perce une nouvelle ouverture dans le mur c'est l'entrée arrière du vieux cimetière.  Elle est constituée d'un grand porche de style baroque qui était l'ancienne porte latérale de la Collégiale. L'ancienne porte du vieux cimetière se trouve plus haut, à l'extérieur, le long du rempart.  Elle est caractérisée par la présence de deux tibias entrecroisés. Il y avait avant un passage, une ruelle qui prolongeait la rue Leroy et traversait le cimetière vers le rempart.

Avec la désaffectation du Vieux Cimetière et la création d'un nouveau cimetière, les habitants de la ville décident de déménager leur tombeaux. C'est ainsi que l'on peut retrouver dans le nouveau cimetière des tombes qui datent d'avant 1890, date de création du nouveau. En effet, à ce moment-là, on enterrait déjà dans des caveaux.  La tradition d'inhumation en pleine terre comme cela se faisait depuis le Moyen Age ayant cédé le pas à la fin du 19" siècle aux caveaux.  C'était donc assez facile de descendre dans ces caveaux, de reprendre les cercueils quand ils étaient encore en bon état et de les transporter dans le nouveau cimetière. Cela veut dire qu'il y a des caveaux vides dans le vieux cimetière.

Il y a aussi des encadrement en pierre scellé avec du métal mais dont le dessus est une simple dalle de béton.  Pourquoi du béton ? Car après la seconde guerre mondiale, la ville décide de recouvrir les caveaux vides pour éviter que les jeunes gens ne descendent dans ces caveaux !

Un de ces jeunes était le peintre René Magritte. Dans plusieurs témoignages, dans les années 30, René Magritte raconte: "dans mon enfance j'aimais jouer avec une petite fille dans le vieux cimetière désaffecté d'une petite ville de province. Nous visitions les caveaux souterrains dont nous pouvions soulever les lourdes portes de fer et nous remontions à la lumière. Un artiste peintre venu de la capitale peignait dans une allée du cimetière très pittoresque avec ses colonnes brisées jonchant les feuilles mortes.  L'art de peindre me paraissait vaguement magique et le peintre doué de pouvoirs supérieurs".

Quelques explications: il est né en 1898.  L'époque de son enfance se situe dans les années 1910-1912. A cette période, il n'habite pas à Soignies et il n'habite plus Lessines d'où il est originaire.  En fait, il habite à Châtelet mais il a de la famille à Soignies.  En effet, ses tantes et sa grand-mère ont vécu à Soignies.  On sait qu'elles ont habité à des endroits différents au fur et à mesure du temps: à la chaussée d'Enghien vers 1900, au Rempart du Vieux Cimetière ensuite et à la fin de 1908 à la rue Henry Leroy à quelques maisons de l'entrée du Vieux Cimetière. Sa grand-mère et ses tantes tenaient un magasin d'objets en cuir; ce n'est pas extraordinaire à Soignies puisqu'à ce moment-là les tanneries sont importantes à Soignies. Ce magasin s'appelait: "le nul s'y frotte".

Donc René Magritte est amené aux mois de juillet et août chez sa grand-mère. La petite fille avec qui il jouait était la fille des concierges du vieux cimetière dont vous voyez encore la maison. Cette maison est de type tournaisien et date du XVIII° siècle.  La maison, aujourd'hui abandonnée, était une maison de la ruelle.  Il reste encore des traces des maisons de la ruelle dans le mur entourant le vieux cimetière: des portes, des fenêtres.  Il y avait encore il y a une dizaine d'années un couple de concierges. Les bornes en face de la maison proviennent de la Maison Barrière (Ferme Tondeur à la chaussée de Braine) face au nouveau cimetière.  C'était une chaussée à payage.  Cette borne porte les armoiries du Comté de Hainaut. 60 c'est la distance en lieux jusque Paris.

La petite fille des concierges avait l'âge de René Magritte, 10-12 ans. Après des recherches, selon Monsieur Jacques Roisin qui a écrit "Ceci n'est pas une biographie de Magritte", la petite fille semble être la maman de Monsieur André Dubois, ancien bourgmestre de Soignies.

Quand on regarde certains tableaux de Magritte et un en particulier: " Le joueur caché " celui-ci fait penser au vieux cimetière. Il a été vendu pour 42 millions de francs belges et se trouve au Musée des Beaux Arts de Bruxelles. Les spécialistes de Magritte considère ce tableau comme son premier vrai tableau.  Dans ce tableau, il y a deux choses qui font penser au vieux cimetière: c'est un espace curieux avec des allées et de l'herbes autour et les quilles se rattachent à des arbres dans leur partie supérieure, il y a des branches Ces quilles font penser aux monuments funéraires appelées "chapelles en caisse de violon" typiques de la région sonégienne. Ces quilles ne sont pas uniques dans I'oeuvre de Magritte : on les retrouve aussi dans le tableau " Le Jockey perdu ". C'est un peu normal qu'un enfant de 10-12 ans voit plutôt des quilles que des chapelles funéraires. Les colonnes brisées font également référence à certains monuments funéraires. En ce qui concerne les personnages il y a un joueur de Base Ball et un joueur de balle pelote.