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Les Moulins
Gestion du vent et des cours d'eau dans l'entité de Soignies du 12e siècle à aujourd'hui - par G. Bavay

 


1. Le problème du choix des sites.
Moulins à eau et moulins à vent sont en étroite relation avec le milieu.  Ils tirent de leur implantation à tel endroit plutôt qu'à tel autre un "taux de sécurité" (face notamment aux accidents climatiques, tels que tempêtes ou inondations) et un "taux de rendement" (rapport investissement/performance) plus ou moins satisfaisant.

Certes, les sites favorables semblent, à priori, assez nombreux (c'est spécialement vrai dans le cas des moulins à vent qu'il est possible de disposer "partout où le vent souffle" avec une certaine régularité et une certaine puissance). Cependant, le choix du site semble rarement aléatoire.  C'est spécialement vrai pour les moulins à eau, structurellement plus puissants et plus coûteux Mais l'observation se confirme également dans le domaine des moulins à vent.

Le fil conducteur des moulins a eau est évidemment le réseau hydrographique.  C'est en se basant sur la structure de ce réseau qu'il importe d'aborder la problématique des moulins de cette catégorie. Par contre, pour ce qui concerne les moulins à vent, c'est davantage les sites de versant ou d'interfluve, voire de colline qu'il faut interroger. Cours d'eau et versants font partie du même paysage.

2. caractères originaux du paysage de l'entité de Soignies.
Nous analyserons ici, dans le cadre précis d'une entité (issue des fusions de communes au 1er janvier 1977), le rapport entre le paysage et l'ensemble des moulins connus (conservés ou disparus).

La première observation qui s'impose est celle de la non-concordance entre l'entité administrative communale et les grandes données du paysage. L'entité de Soignies, essentiellement "nichée" dans le bassin supérieur de la Senne déborde en effet sur le bassin de l'Obrecheuil (affluent de droite de la Haine). On distingue ainsi deux bassins hydrographiques majeurs (à l'échelle de l'entité) : le bassin de la Haute-Senne et le bassin supérieur de l'Obrecheuil.  De même, l'entité est coupée en deux zones par un interfluve important séparant ces deux bassins. Cet interfluve court du bois de la Haie-le-Comte (séparant, à l'ouest, Neufvilles de Casteau) au secteur de l'ancien bois de Naast (qui séparait, à l'est, Naast de Thieusies). Toutefois, on remarquera que l'ensemble constitué au lendemain des fusions de communes présente une certaine homogénéité du point de vue hydrographique.  Cette homogénéité n'est pas le seul fait du hasard mais s'explique aussi comme le produit du développement des implantations humainestelles qu'elles se manifestent dans notre région à partir du moyen âge.

L'adéquation entre entité administrative (actuelle) et structure oro-hydrographique se manifeste de diverses manières : si l'on considère, du point de vue des bassins hydrographiques, l'ensemble formé par les anciens territoires communaux de Naast, Soignies, Neufvilles, Chaussée-Notre-Dame-Louvignies et Horrues, on constate que l'on se trouve là en présence d'une sorte de région naturelle susceptible de se définir comme la partie tout à fait supérieure du bassin de la Senne.

Les limites administratives de ce secteur coïncident presque exactement sur de nombreux points avec les lignes d'interfluve.  Les limites de Naast correspondent au voisinage de la vallée de la Senne avec les vallées de la Sennette (à l'est) et de l'Obrecheuil (au sud).  Les limites de Neufvilles correspondent au voisinage de la vallée de la Gageole (affluent de gauche de la Senne) avec la vallée de la Dendre (vers le sud et l'ouest). il en va de même pour les limites occidentales de Chaussée-Notre-Dame et Louvignies.  Les limites occidentales du territoire d'Horrues coïncident dans les grandes lignes avec le bassin de la Dendre tandis que les limites orientales anciennes du même village (qui sont aussi les limites actuelles de l'entité dans ce secteur) correspondent de manière presque géométrique avec la bordure du bassin de la Brainette (où l'on trouve successivement Braine-le-Comte, Petit-Roeulx-lez-Braine et Steenkerque).

Soignies ne touche aux limites de la nouvelle entité que dans un créneau assez étroit vers Braine-le-Comte.  Dans ce créneau, l'ancienne limite administrative ne correspond justement pas avec la limite des bassins hydrographique.  C'est en effet dans ce secteur que deux affluents relativement importants de la Senne vont actuellement chercher leur source sur le territoire de la commune de Braine-le-Comte voire sur celui de la commune d'Ecaussinnes-d'Enghien : il s'agit du ri Caffenière (également appelé Bouret ou ruisseau des Prés Canones ou ruisseau de Profondrieu) d'une part, du ruisseau de la Platinerie (ou ruisseau du Piéron) d'autre part.

Cette "irrégularité" dans l'adéquation entre "vallées" et "territoires communaux" trouve des éléments d'explication.  Jusqu'à la fin de l'ancien régime, on trouvait entre Soignies et Braine-le-Comte plusieurs seigneuries possédant une certaine autonomie (et notamment un maïeur et des échevins). C'était notamment le cas de la seigneurie de Bourbecq (à proximité de l'actuel faubourg de Mons, à Braine-le-Comte, actuelle ferme Vincart), de la seigneurie de Salmonsart (bois, ferme et château, comme on les voit encore à l'heure actuelle) et de la seigneurie des Mottes (le long du ruisseau Caffenière).

A la fin de l'ancien régime, le territoire de ces seigneuries a été incorporé dans les nouveaux territoires communaux.  Comme la seigneurie des Mottes (côté sonégien du bois de Salmonsart) se trouvait dans les mêmes mains que le château de Salmonsart (côté brainois du bois de Salmonsart), l'ensemble de ce territoire a été incorporé dans le territoire communal de Braine-le-Comte, ce qui a d'ailleurs contribué à faire de ce dernier le territoire communal le plus étendu de toute la province, voire du pays.

La carte de Ferraris montre que cette limite était déjà préfigurée avant la suppression des seigneuries : la limite entre la châtellenie de Braine-le-Comte et la prévôté de Mons passe à l'emplacement même de l'actuelle limite intercommunale. Cependant, on remarquera que les numéros paroissiaux attribués aux fermes établies le long du ri Caffenière sont accompagnées du numéro paroissial de Soignies et non de celui de Braine-le-Comte.  Cette irrégularité trahit sans doute une évolution ancienne.  Elle marque en tout cas que le vallon du ri Caffenière n'a pas toujours été complètement étranger à la vie sonégienne.

Cette symétrie entre les entités administratives et les compartiments oro-hydrographiques se retrouve également dans le cas de Thieusies et Casteau.  Ces deux localités occupent des tronçons assez homogènes de la vallée de l'Obrecheuil, sans toutefois englober ni les sources (territoire de Gottignies), ni la basse vallée (ancien territoire de Saint-Denis) ni le confluent avec la Haine (territoire d'Obourg).

On peut se poser, de façon générale, la question des origines de ce phénomène de symétrie.  Comment se fait-il que la fusion des communes effectuée au 1er janvier 1977 aboutit à constituer des ensembles administratifs curieusement "calqués" sur des réalités oro-hydrographiques ? C'est évidemment dans le domaine de la genèse des territoires communaux qu'il faut aller chercher les raisons de cette coïncidence.

Nous ne pouvons évoquer ici que de manière sommaire les observations que l'on peut faire dans ce domaine.  Les sites paroissiaux (tels qu'ils apparaissent à travers les documents à partir du 11e ou du 12e siècle, mais dont l'origine peut être plus ancienne) sont implantés (sauf exception) au creux des vallées ou, tout au moins, sur un promontoire proche des principaux cours d'eau.  Dans l'entité de Soignies, c'est le cas pour Casteau, Horrues et Soignies (sites de promontoire, sur des affleurements rocheux) d'une part et pour Neufvilles, Naast, et Chaussée-Notre-Dame (sites de bordure de rivière, celle-ci étant plus ou moins marquée dans le paysage) d'autre part.  Quant aux sites de Louvignies et de Thieusies, ils se situent également dans des vallons mais à proximité immédiate des sources, et, de ce fait, à quelque distance du cours d'eau le plus important passant sur le territoire communal.

Du fait de cette localisation des sites paroissiaux, les territoires des communautés rurales se définissent en termes de versants.  Dès lors, c'est sur les interfluves que les limites ont naturellement tendance à se situer. La fusion des communes, en associant des villages déjà historiquement et traditionnellement reliés les uns aux autres, a consacré des solidarités de vallées (comme entre Soignies et Naast d'une part ou Soignies, Horrues, Neufvilles et Chaussée-Notre-Dame de l'autre).  La fusion a ainsi consacré la naissance d'ensembles territoriaux correspondant non plus à des tronçons de vallées mais à des segments plus vastes englobant tant la zone des sources que celle des premiers affluents.

Les moulins vont s'inscrire dans ce cadre.  Moulins à eau le long des rivières (en fonction de l'importance du débit et des sites les plus favorables à l'établissement des installations meunières) et moulins à vent en des lieux bien exposés et donc situés, pour le moins, à l'écart de l'agglomération urbaine ou des agglomérations rurales. Un paysage se dessine de cette manière. Il se construit évidemment à partir des données locales de l'hydrographie et du relief. Les crêtes de l'entité de Soignies ne dépassent guère 140 mètres d'altitude (dans le secteur des sources de la Senne, sur la ligne de partage d'eau entre Senne et Haine, par Obrecheuil interposé).

L'agglomération sonégienne se trouve posée à une altitude oscillant autour de 90 mètres.  Les vallons les plus prononcés (la Senne au moulin d'Horruettes ou l'Obrecheuil au moulin Carlon) ne se creusent pas au-delà de 70 ou 60 mètres d'altitude. C'est dire que nous nous trouvons dans une région où le vallonnement reste relativement modéré.  Les dénivellations sont relativement peu importantes.  Les talus (généralement peu relevés) sont assez rares et peuvent s'accrocher soit à des affleurements rocheux, soit à des méandres de la rivière. On peut certes identifier quelques brutales ruptures de pente (le long de l'Obrecheuil, en aval de la Saisinne) ou le long de la Senne (entre le moulin Delrouge et le moulin d'Horruettes). Toutefois, l'allure générale du relief est plutôt faite de molles ondulations (spécialement au sud de la Saisinne et au nord de Biamont).

Les traits dominants du paysage habité semblent se maintenir quasiment inchangés entre le 13e siècle et la fin du 19e siècle (pour le moins). Ce paysage se présente de la manière suivante : nous sommes dans une zone de têtes de vallées, à proximité d'un grand nombre de sources.  L'espace se divise en une multitude de petits bassins parcourus par des "faurieux" (cours d'eau sporadiques et "avivés" par le creusement et l'entretien de fossés rectilignes, organisés en réseau), par de minuscules ruisseaux et des rivières encore modestes.

Les agglomérations rurales sont installées le long de ces cours d'eau : autour d'une église, quelques enclos ("courtils" ou "closures") encadrent autant de maisons d'artisans ou de petits agriculteurs.  C'est là ce que nous appellerions villages aujourd'hui et qu'on appelle "ville" au 15e siècle (on parle en effet à ce moment de "ville d'Horrues" au de "ville de Steenkerque"). Jusqu'au 19e siècle, ces villages sont plus modestes qu'il n'y paraît à l'heure actuelle : une vingtaine de maisons pour l'agglomération principale de Neufvilles, guère plus à Horrues ou à Naast jusqu'en plein 19e siècle.

Si l'on en juge d'après Ferraris (vers 1770), ces villages sont alors encadrés de végétation (haies, saules et peupliers sans doute).  Ils sont aussi en étroite liaison avec des prairies de fauche et des prés distribués dans tous les fonds humides (et donc forcément à proximité des cours d'eau et des villages).  Sur les versants s'étalent des champs.  Des bois (comme le bois de la Haie-le-Comte, le bois de Naast, le bois de Salmonsart, le bois du Couplet ou le bois de Silly... ) occupent bien souvent les crêtes qui séparent les territoires communaux (en même temps que les bassins) les uns des autres.

Les villages ne sont pas les seuls noyaux d'habitat.  Les principaux hameaux sont connus dès le moyen âge.  Certains d'entre eux paraissent aussi étoffés au début du 15e siècle qu'ils le sont aujourd'hui. On distingue encore, à la périphérie des terroirs, de grosses exploitations (généralement attestées dès le 12e ou le 13e siècle) appartenant à des seigneurs ou à des abbayes. Les moulins trouvent place dans ce paysage.  Une place qui témoigne bien souvent d'une solide connaissance des données géographiques locales ou régionales.

3. Paysage sonégien et moulins à eau.
Nous examinerons dans un premier temps les moulins à eau (puisque leur apparition est, globalement, plus ancienne) puis l'ensemble des moulins à vent.

Quelques remarques préalables s'imposent à propos du rapport entre le moulin à eau et son environnement. Le moulin est une machine (un ensemble de mécaniques) reliée à une source d'énergie. L'eau est source d'énergie dans la mesure où elle est amenée à passer d'un point élevé à un point situé en contrebas.  Ce passage peut se faire sous la forme d'un courant dans un conduit (le lit d'une rivière, par exemple) présentant une certaine dénivellation.  Il peut aussi se faire par le biais d'une chute. La chute d'eau n'est pas une réalité naturelle dans notre région.  A peine peut-on observer en des endroits précis et limités des tronçons où les rivières s'écoulent rapidement au milieu des cailloux. De sa source (à Naast) au moulin d'Horruettes, la Senne parcourt une douzaine de kilomètres et ne connaît qu'une dénivellation d'une soixantaine de mètres, soit une pente moyenne de 0,5 centimètre au mètre (ou 0,5 %).

Une autre variable entre évidemment en ligne de compte qui est celle de l'importance du débit de la rivière, ce débit pouvant en accélérer la vitesse et ayant évidemment comme effet potentiel de mettre en mouvement des équipements plus lourds.

Sur base de ces deux constatations, il serait possible de mesurer la valeur énergétique de telle rivière aux différents points de son passage. Une rivière n'actionnera valablement un moulin qu'à partir du moment où elle aura acquis une certaine importance moyenne, ce qui ne se vérifiera qu'à une certaine distance de la source la plus lointaine.

Si l'on considère de ce point de vue la région de Soignies, on peut estimer à cinq kilomètres au moins cette distance (mesure qui se vérifie à plusieurs endroits et notamment à l'ancien tordoir de la Gage sur le ri Caffenière, à hauteur de l'actuel chemin Tiriâ; à l'usine - récente - des Trois Planches, sur la Senne, le long du chemin des Trois Planches; au moulin du Moulinet - c'est dire son peu d'importance... d'ailleurs confirmée par le diamètre et la largeur de la rue qui s'y trouve - sur la Gage, à l'entrée d'Horrues. L'importance de la rivière (en termes de débit) tient aussi au bassin drainé par elle à tel ou tel endroit bien précis de son cours (de même d'ailleurs qu'à la qualité et à l'efficacité de ce drainage, de même aussi qu'à la nature des sols parcourus).

On le voit, il est quasiment impossible (du fait du nombre et de la nature des variables) de mesurer précisément le potentiel énergétique d'une rivière à tel ou tel point de son cours. Il vaut mieux dès lors s'appuyer sur la situation des moulins effectivement attestés du point de vue historique pour fixer le point minimum à partir duquel une rivière devient utilisable.

C'est ainsi qu'il nous apparaît qu'un cours minimum de cinq kilomètres, équivalant à un bassin d'une superficie de 10 à 15 kilomètres carrés minimum et à une dénivellation totale de l'ordre d'une trentaine de mètres, semble la condition "sine qua non" pour l'établissement d'un moulin dans les conditions historiques attestées du 12e au 19e siècle.  Cette donnée, valable pour le bassin supérieur de la Senne, demanderait évidemment d'être confrontée à des données du même type recueillies dans des régions présentant des conditions oro-hydrographiques différentes.

A partir du moment où un moulin a pu être établi, vers l'amont, en un point de la vallée, il devient à priori évident que tous les points situés en aval sont théoriquement susceptibles de se prêter à l'installation d'un moulin d'une puissance au moins égale.  Cela explique la succession rapide des moulins le long de rivières telles que la Sennette (à partir de Marche-lez-Ecaussinnes) ou que la Senne (à partir de 1'l'Usine des Trois Planches").

Cela explique aussi que l'on ait pu modifier, dans un créneau plus ou moins largement ouvert, la position de tel ou tel moulin sur un cours d'eau. cependant, ces changements de site paraissent constituer un phénomène assez rare... ce qui conduirait à penser que des facteurs interviennent qui imposent de manière plus impérative la localisation du moulin à tel ou tel endroit précis.

Si l'on s'en tient à l'énergie naturellement donnée par la rivière (et, éventuellement, vaguement canalisée), le bilan énergétique reste faible. Et l'installation technique pose des problèmes que l'on devinera aisément : comment faire tourner une roue dont la base est simplement plongée dans le cours d'eau ? Ne risque-t-on pas des difficultés en cas de "maigre" ou, pire, en cas d'inondation ou de brusque montée des eaux ? Peut-on vraiment imaginer un moulin tournant par la seule force et le seul débit de la Senne telle qu'on peut la voir par exemple dans sa traversée du parc Paternoster ? C'est là qu'il faut introduire l'analyse des procédés permettant l'aménagement d'une dénivellation plus nettement marquée dans le cours d'eau et, de ce fait, la création d'une chute de plus ou moins grande hauteur. Nous n'examinerons plus ici le détail des divers procédés qu'il est possible de mettre en oeuvre pour atteindre ce résultat.

Deux procédés sont couramment utilisés : la dérivation (de tout ou partie du cours d'eau) et la retenue établie sur le cours principal de la rivière (avec élargissement ou non du lit naturel de cette rivière). Parmi les exemples de dérivation connus dans les environs de Soignies, on peut citer le cas du moulin Brûlé (Ecaussinnes d'Enghien), celui du moulin de Combreuil (dans la même localité) et celui du moulin de Mâlon-Fontaine (toujours à Ecaussinnes d'Enghien).  Dans ce dernier cas, la dérivation permet de disposer d'une chute présentant une dénivellation de l'ordre de près de quatre mètres.

L'importance de la dénivellation n'est évidemment pas sans conséquence.  Plus cette dénivellation est grande, plus le diamètre de la roue qui sera actionnée grâce à l'eau amenée par la dérivation pourra être important et, dès lors, plus la puissance disponible pourra être grande (même lorsque le débit reste relativement minime - comme c'est spécialement le cas du moulin de Mâlon-Fontaine, alimenté par le médiocre ri de Mignault).  Un ruisseau de peu de débit est susceptible d'actionner un moulin relativement puissant lorsque la chute d'eau est importante

Le seul moulin à dérivation attesté par les documents anciens et d'ailleurs encore visible dans l'entité de Soignies est le moulin Carlon (Thieusies, sur l'Obrecheuil). Il se trouve en aval du moulin des Roquettes, presque à la limite du territoire de l'ancienne commune de Saint-Denis. L'aménagement d'un moulin du type du moulin Carlon exigeait, en amont, la création d'un bief d'amenée d'eau et, en aval, d'un autre bief pour le retour de l'eau vers le cours normal et le lit primitif de la rivière. Il réclamait aussi l'établissement d'un système réglable de prise d'eau pour l'alimentation régulière et sûre du bief.  Pour ce faire, on établissait un barrage avec trop-plein assurant en permanence un niveau constant dans le bief et prélevant dans la rivière la juste quantité d'eau nécessaire (ni plus, ni moins) pour le fonctionnement du moulin.

Ainsi apparaît, dans le fond de la vallée de l'Obrecheuil, un double cours pour la rivière : "vraie rivière" d'une part, barrée d'une vanne inondant le bief; "fausse rivière" (ou bief) de l'autre, à pente nulle (ou presque nulle) s'éloignant progressivement du cours primitif, entaillant, au besoin, le versant de la vallée et aboutissant au moulin.

Soignies possède (et possédait) donc plutôt des moulins alimentés par un système de retenue, celle-ci étant établie sui le cours principal de la rivière. Le moulin à retenue d'eau se caractérise évidemment par des aménagements spécifiques du cours de la rivière ainsi que du fond de la vallée.  Du fait même, il se caractérise par des critères différents quant au choix du site et à l'implantation des divers équipements. C'est là la dimension "matérielle", celle qui se marque le plus clairement lorsqu'on se penche sur le problème des moulins à retenue.  Souvent, cette dimension se manifeste de manière spectaculaire : apparition d'un "étang" ou "vivier"; création d'une digue ou d'un barrage (fossoyé et, dans certains cas, plus ou moins complètement maçonné) voire d'un pont-barrage (ou "batte") ou de divers dispositifs plus ou moins complexes liés à la fortification d'un château ou d'une ville mais cette dimension matérielle n'est, tout compte fait, que que secondaire du point de vue de la typologie.  En effet, ele n'introduit pas, à proprement parler, une distinction fondamentale entre les moulins à dérivation et les moulins à retenue.

La retenue pourrait n'être qu'un moyen (parmi d'autres) pour obtenir une dénivellation et se donner la possibilité, dès lors, de profiter d'une chute plus ou moins importante et, partant, d'une énergie utilisable par la machinerie du moulin. Si l'on observe les choses de plus près et spécialement du point de vue des principes techniques et économiques concrétisés par les installations de ce type, on remarque que la retenue (et le barrage tout spécialement) apporte un atout supplémentaire ... en l'occurrence l'accumulation d'une quantité plus ou importante d'eau (ou réserve) en amont des installations du moulin.  Cette accumulation s'avère surtout nécessaire lorsque l'alimentation en eau du moulin ne se trouve pas assurée d'office par un débit suffisamment important de la rivière.

Dans le cas des rivières au débit faible, le meunier se trouve en effet confronté à un problème d'alimentation en énergie de ses installations.  Il ne peut alors moudre ou utiliser ses machines que lorsque le débit du ruisseau se grossit du fait d'une intempérie ou de périodes de précipitations continues. De là, le nom de certains moulins de petite envergure qui ne fonctionnaient qu'en cas de pluie : "Hout si plout" ou "shoute si plout" ("écoute s'il pleut", auquel cas seulement on pouvait mettre le moulin en activité).

De ce point de vue, le moulin à retenue se distingue fondamentalement du moulin à dérivation dans la mesure où il dénote une utilisation économique et différée de la rivière.  Le meunier ne prend pas l'eau comme elle vient mais l'accumule (parfois patiemment) pour l'utiliser à bon escient quand le besoin s'en fait sentir.  Ce comportement explique pourquoi certains viviers de moulins étaient appelés "grange d'eau".

Une telle pratique et de telles installations ne s'expliquent évidemment que dans des cas très précis et, en l'occurrence, lorsque l'on se trouve en présence de cours d'eau au débit peu important ou susceptibles de se tarir pendant des périodes plus ou moins longues.  La nécessité de pouvoir user du moulin de manière presque quotidienne imposait que l'on puisse compter, le plus régulièrement possible, sur une quantité d'eau suffisante et donc que l'on installe des réserves d'eau.  Ces réserves pouvaient d'ailleurs remplir plusieurs fonctions dans la mesure où on pouvait, dans le même temps, les utiliser pour des activités de pisciculture (de là l'importance des viviers dans la périphérie de la plupart des villes médiévales) ainsi que pour créer des étendues inaccessibles dans le cadre de la défense des fortifications castrales ou urbaines.

Ces divers caractères conduisent à reconnaître dans les moulins à retenue d'eau (et spécialement dans les moulins à vivier) des moulins spécialement adaptés aux rivières naissantes, au débit naturellement peu abondant, au courant peu rapide et aux longues périodes de maigre en cas de sécheresse. On ne s'étonnera donc pas de trouver un grand nombre de moulins appartenant à cette catégorie dans la région de Soignies.  Que ce soit le long de la Samme ou de la Sennette, le long de la Senne, le long de la Brainette ou le long de l'Obrecheuil, on rencontre une remarquable collection de moulins à barrage (sur le cours principal de la rivière).

C'était notamment le cas pour le moulin de l'Epithaphe à Feluy (sur le ri de Graty, intégrant en même temps les douves du château seigneurial de Feluy), le Vieux-Moulin et le moulin de la Tartarie à Marche-lez-Ecaussinnes, le moulin du Ramponneau à Ecaussinnes-d'Enghien (sur la Sennette, intégrant en même temps l'alimentation en eau des douves du château seigneurial de la Follie), le moulin comtal de Braine-le-Comte (commandant notamment les viviers de la ville en même temps qu'une partie de l'alimentation en eau des fossés de la fortification) et le moulin de l'abbaye de Saint-Denis en Brocqueroie.  On trouve d'autres exemples de moulins à barrage dans l'ensemble de la province de Hainaut et spécialement dans les secteurs où l'on ne pouvait s'appuyer que sur de modestes cours d'eau pour assurer les besoins en énergie des installations de meunerie.

On pourrait s'attarder sur les implications pour le paysage de la création de moulins à barrage (généralement fossoyé). Le barrage ne peut être installé n'importe où.  Il représente en effet une entreprise considérable du fait des quantités de terre à déplacer et des garanties à prendre à l'égard de sa solidité.  Il doit avoir une large assise, une hauteur susceptible de permettre la création d'une importante dénivellation et donc d'une chute puissante. Idéalement, le barrage a barrage s'installe dans un resserrement d'une vallée, là où il n'est pas trop difficile de joindre un versant à l'autre.

Mais il importe aussi que l'eau "engrangée" représente un volume important : il faut pour cela que l'espace inondé soit aussi vaste que possible (sans toutefois perturber outre mesure la vie locale, et notamment les déplacements d'une rive à l'autre en amont du moulin doté d'un barrage). Dans cette optique, on installe des barrages un peu en aval de l'un ou l'autre confluent (point de rencontre d'un affluent, si modeste soit-il, et de la rivière principale).  De cette manière, l'eau peut s'étaler dans deux vallées plutôt que dans une seule.  La masse potentielle retenue par le barrage s'en trouve ainsi quasiment doublées.

Le barrage entraîne une inondation que l'on s'efforce de contrôler.  Pour ce faire, on doit installer des vannes que l'on utilisera comme trop-plein, au moment par exemple où la quantité d'eau qui s'engrange au barrage dépasse les besoins et risque de dégrader les installations. L'inondation est plus ou moins importante selon la hauteur des vantelles que l'on place dans la partie supérieure du barrage. Si elles restent fermées, l'inondation se fait plus importante et recouvre un terrain de plus en plus vaste en amont du moulin.  Ce secteur est virtuellement condamné pour l'agriculture, de même d'ailleurs que pour l'urbanisation. La partie du vivier qui ainsi connaît une sorte d'affectation amphibie est appelée "queue du vivier".  Le terrain est tantôt lourd, au meunier car il dépend de la manière dont il gère ses installations, tantôt loué à un manant qui y récolte le foin (si les retenues d'eau ou les inondations accidentelles ne l'en privent pas).

Mais on relève encore une dernière implication sur le paysage : si elle se trouve sur le cours principal de la rivière, la retenue d'eau a pour résultat, à long terme, d'accumuler des dépôts alluviaux.  Le vivier représente en effet une zone où l'eau est peu agitée et où les particules transportées se déposent facilement.  C'est ainsi que le vivier s'envase.  Au bout d'un certain temps, l'eau se trouve remplacée par de la terre.  Le barrage ne peut plus jouer son rôle.  Il n'accumule plus qu'une faible quantité d'eau.

C'est à ce moment qu'il importe de procéder au curage du vivier.  Afin de procéder à cette opération, il est nécessaire que le vivier puisse être vidé complètement, c'est-à-dire qu'on puisse disposer d'un caniveau disposé dans la partie la plus basse du barrage et faire sortir par là toute l'eau contenue dans le vivier (en veillant à "récolter" au passage tout le poisson qui peut se trouver contenu dans ce vivier).  On "rigolera" ensuite le vivier (c'est-à-dire que l'on amènera l'eau et la boue à s'écouler par des rigoles). Certains moulins peuvent "mourir" par envasement de leur retenue d'eau.  Ce fut apparemment le cas pour le tordoir de la Gage (à la Caffenière à Soignies, à l'emplacement actuellement occupé par l'étang communal), au tordoir de Jettefol (le long de la Brainette à Braine-le-Comtell) et au moulin (première version) de Pied'eau à la limite septentrionale de Ronquières.

Parmi les moulins à retenue d'eau attestés dans l'entité de Soignies, on peut identifier à coup sûr comme moulin à barrage (et donc à vivier) le moulin des Messieurs (ou Grand Moulin du Chapitre ou encore moulin Bosquet) à l'emplacement de la place Verte et de la place van Zeeland à Soignies, le moulin de la Gage (sur le ri Caffenière, juste en aval de l'actuel chemin Tiriâ) et le moulin de Biamont (sur la Senne, en aval de la ville).

D'autres moulins à eau de l'entité, ont pu être moulins à barrage mais les documents manquent pour se prononcer de façon certaine à ce sujet.  C'est notamment le cas pour le moulin Delrouge (à la limite de Soignies et d'Horrues).  La création de la chaussée de Soignies à Enghien a entraîné la modification profonde de la disposition des éléments du site, ce qui empêche aujourd'hui d'identifier d'éventuelles traces de barrage à cet endroit.

Le moulin d'Horruettes a pu également être moulin à barrage. on peut l'imaginer en observant la vaste prairie se trouvant en amont du moulin d'une part et la coïncidence entre la route traversant la rivière (à l'origine en passant devant le moulin et longeant le dispositif des vantelles) et l'alignement des bâtiments du moulin de l'autre.

Enfin, le moulin des Roquettes (situé sur le territoire de Thieusies, sur l'Obrecheuil), du fait de sa disposition, semble lui aussi se rattacher à la famille des moulins à barrage : ici aussi, une vaste prairie (d'ailleurs toujours utilisée à l'heure actuelle pour la culture très irriguée du cresson) se trouve directement en amont du moulin (installé dans un net resserrement de la vallée).  Le chemin semble correspondre à une importante levée de terre. Ces divers moulins sont difficilement identifiables comme moulins à barrage dans la mesure où ils se sont trouvés transformés, au cours des temps, en moulins limitant leur retenue au lit proprement dit de la rivière.

On peut aborder ainsi la dernière catégorie des moulins à eau.  Il s'agit de moulins dont l'alimentation est entièrement assurée par un barrage fait de vantelles coïncidant étroitement avec le lit de la rivière.
Techniquement parlant, ces moulins se présentent de la manière suivante : dans le lit canalises de la rivière, des montants (habituellement de pierre bleue) sont juxtaposés à intervalles réguliers.  Entre ces montants, des planches servant de vannes sont glissées dans des rainures et peuvent être remontées ou descendues à volonté grâce à des engrenages à crémaillère. si l'on descend toutes les vannes, l'eau s'accumule rapidement dans le lit de la rivière.  Pour faciliter cette accumulation, le rehaussement des berges peut s'avérer un aménagement utile. on distingue encore en plusieurs endroits les traces d'aménagements de ce type.  Dans d'autres cas, la profondeur du lit de la rivière pourrait s'expliquer par l'accumulation antérieure de dépôts alluviaux en amont d'un moulin barrage.

Ce dispositif offre, à première vue, moins de "réserve" que les moulins à barrage proprement dits.  L'eau ne s'étalant pas largement (en vivier) en amont du moulin, la réserve d'énergie hydraulique se trouve relativement réduite.  Cet inconvénient peut être considéré comme de peu de poids si l'on se trouve sur un tronçon bénéficiant d'une alimentation constante et relativement abondante en eau et ne nécessitant donc pas l'apport de telles réserves.  L'inconvénient disparaît également dans le cas d'un usage plus souple de la retenue d'eau (sur base d'une alternance rapide de phases d'accumulation et de phases d'utilisation), le meunier faisant alors de fréquents va-et-vient entre ses meules et ses vannes.

Quoi qu'il en soit, les moulins relevant de cette catégorie se trouvent le plus souvent sur des tronçons de rivière apparemment mieux assurés de bénéficier de quantités d'eau suffisantes ou, tout au moins, régulières. L'importance et le nombre des portiques témoignent souvent, dans la même perspective, en faveur de l'image de rivières au débit abondant, rivières dans lesquelles on peut en outre, en lâchant brusquement l'eau retenue par les vannes, obtenir une sorte de nettoyage naturel du lit du cours d'eau et remédier de cette manière à l'effet néfaste de l'accumulation d'eau derrière les barrages et à l'apparition de trop importants dépôts alluviaux.

On peut ranger dans cette catégorie de "moulins à portiques" des moulins tels que le moulin Delrouge, le moulin dit du Village et le moulin de Beaurepaire (dit aussi "usine de Beaurepaire") à Horrues.  Le moulin ou "usine" de la rue des Trois Planches, à Soignies, appartient à cette même catégorie mais se double d'un curieux système de retenue d'eau sous la forme d'un étang annexé au cours principal de la rivière.  Cet étang est commandé par une vanne qui permet de l'isoler de la rivière (sans doute en vue de conserver une quantité supplémentaire d'eau destinée à actionner cette ancienne scierie de pierres).

4. Paysage sonégien et moulins à vent.
On sait que les moulins à vent n'apparaissent dans nos régions que vers le début du 13e siècle.  Ils se manifestent d'abord en Normandie, puis en Flandre (où ils sont présents dès le tout début du 13e siècle). Ils semblent ensuite pénétrer de plus en plus profondément à l'intérieur des terres et connaîtront un important succès dans notre province ... mais principalement dans les parties occidentale et centrale; la partie orientale et la botte tout spécialement, disposant d'abondantes ressources en matière d'énergie hydraulique.  Les moulins à vent sont rares sinon inexistants dans l'Entre-Sambre-et-Meuse.

A priori, le moulin à vent peut être implanté dans un nombre de sites beaucoup plus important que le moulin à eau.  A condition toutefois de respecter quelques conditions minimales de bonne exposition aux vents dominants. Toutefois, des structures sociales contraignantes ont considérablement limité l'extension des moulins à vent (le phénomène est surtout sensible dans le courant du 18e siècle, époque au cours de laquelle on voit se multiplier les demandes d'octroi pour l'installation de moulins à vent). Cela explique le nombre relativement restreint de moulins à vent attestés durant l'ancien régime (en même temps d'ailleurs que leur stabilité géographique et sociale).  Cela explique aussi leur multiplication et leur relative mobilité dans le courant du 19e siècle.

Dans la région de Soignies, les moulins installés sur les parties les plus élevées des lignes de crête sont rares.  Le plus souvent, les moulins à vent se situent à la périphérie de la ville ou des agglomérations rurales. Ils sont globalement moins nombreux, jusqu'à la fin de l'ancien régime tout au moins, que les moulins à eau : à Thieusies, on comptait deux moulins à eau (Roquette et Carlon) pour un moulin à vent; à Soignies, trois, voire quatre moulins à eau (des Messieurs, du Moliniaul et de Biamont, sans oublier le moulin de la Gage sur le ri Caffenière, disparu dès la fin du moyen âge) pour un seul moulin à vent (en bordure du chemin de Neufvilles).  Il en allait de même à Horrues.

Certains villages, dépourvus de cours d'eau suffisants pour actionner des moulins à eau, ne possédaient qu'un seul ou, exceptionnellement, deux moulins à vent.  Neufvilles disposait à la fin de l'ancien régime des services de deux moulins à vent (mais sans doute aussi d'un moulin-tordoir, animé par les eaux du ruisseau du Plantin ou, plus probablement, par les eaux de la Gageole).  A Chaussée-Notre-Dame, on comptait deux moulins à vent et aucun moulin à eau et à Naast un seul et unique moulin à vent.

On le voit, une distinction s'introduit ainsi entre les localités.  Cette distinction est principalement fonction de leur situation par rapport aux principaux cours d'eau : certaines, spécialement celles où passe la Senne (Soignies ou Horrues), sont abondamment dotées en moulins à eau et n'entretiennent des moulins à vent que pour disposer d'un équipement plus diversifié (moulin à vent du Chapitre à Soignies) ou pour venir en aide à des hameaux très éloignés du cours de la rivière (moulin de la Belle-Croix à Horrues) . D'autres localités sont "sauvées" par la technologie du moulin à vent dans la mesure où elles ne sont traversées que par des cours d'eau insignifiants rendant inopérante la technologie des moulins à eau.  C'est notamment le cas de Naast et de Chaussée-Notre-Dame.

Thieusies possède certes les moulins de la vallée de l'Obrecheuil.  Mais ces derniers ont une position nettement plus favorable pour la communauté des habitants de Casteau que pour celle des habitants de Thieusies.  Ces derniers disposent donc d'un grand moulin à vent installé sur la crête à proximité du château du Parc, ce qui permet un service plus pratique pour les habitants du village.  Le transport des "mounnées" (les grains destinés à la mouture) exigeait en effet un temps considérable quand il fallait rejoindre un moulin se trouvant à plusieurs kilomètres du lieu d'habitation.  Et le voyage au moulin s'effectuait bien souvent selon un rythme hebdomadaire (pour le moins).

Les moulins à vent, souvent moins importants (du point de vue de l'investissement de départ comme de celui de l'impact économique et social) que les moulins à eau, sont également moins connus par les archives anciennes.  Les demandes d'octroi, en se multipliant au 18e siècle, les font apparaître avec davantage de netteté à la fin de l'ancien régime.  La carte de Ferraris permet de faire le point sur leur diffusion dans nos régions vers 1770-1777. Au 19e siècle, les moulins à vent se multiplieront.  C'est apparemment vers 1860 (date de l'établissement du plan parcellaire de POPP) que leur nombre atteindra son plus haut niveaul5.  Dès le début de ce siècle, ils semblent en perte de vitesse, subissant sans doute une concurrence féroce de la part des nouveaux moulins industriels (comme le moulin Ferbus à Soignies), concurrence que les moulins à eau semble supporter avec moins de difficulté.

Il faut réserver une place spéciale aux moulins à vent utilisés pour l'exhaure.  Le phénomène est particulièrement important à Soignies.  Il est peut-être même décisif pour ce qui concerne le "take-off" dans le domaine de l'exploitation des gisements de pierre en vue de la production et de la commercialisation de la "pierre de taille" proprement ditel6 (alors que chaux et moellons étaient déjà produits en très grandes quantités à Soignies dès le 15e siècle).

La première carte où apparaissent les carrières de pierre de taille de Soignies semble bien être la carte de Ferraris.  Certes, on trouve mention de "fours à chaux" sur une carte accompagnant les ouvrages du Chevalier de Beaurain et décrivant les déplacements des troupes du royaume de France dans nos régions à la fin du 17e siècle (carte qui pourrait bien n'avoir été levée qu'après 1704).  Mais ces fours à chaux (d'ailleurs bien connus par les archives) ne permettent pas d'inférer l'existence de véritables tailleurs de pierre affairés autour d'un matériau présentant des caractères bien différents de ceux réclamés par la fabrication de la chaux ou la production de moellons.

La carte de Ferraris, au moment même où elle fait apparaître la première figuration des carrières de Soignies montre deux moulins à vent qui ne peuvent être considérés que comme des moulins d'exhaure et non comme moulins à farine. Ces moulins, situés dans l'étroite aire du premier gisement sonégien de pierre bleue, semblent appartenir à la catégorie des moulins-pivot.

Ils ne peuvent donc, apparemment, être immédiatement associés au beau moulin accompagnant la "Grande Carrière Wincqz" sur la vue bien connue de la "Belgique Industrielle" (vers 1852).  Dans ce cas, il s'agit d'un moulin à vent sur fût de maçonnerie.  Sa vocation industrielle est bien manifeste du fait du voisinage dans lequel il se trouve par rapport aux autres équipements de la carrière.  Il sera remplacé au moment de la diffusion des machines à vapeur.

L'entité de Soignies fut le cadre de la construction d'un autre moulin d'exhaure qui a le mérite d'être encore conservé à l'heure actuelle.  Ce moulin se trouve, imitant en cela celui qui se dressait en bordure de la carrière Wincqz, dans le fond de la vallée de la Senne, un peu en aval de l'ancien moulin Delrouge, presque à la limite des anciens territoires d'Horrues et de Soignies.  Il se présente encore aujourd'hui comme un haut fût de maçonnerie (avec des détails architecturaux de pierre bleue) presque entièrement envahi par le lierre.

Texte extrait du livre: "Les moulins de l'entité de Soignies de l'ancien régime à nos jours"
Ecrit par G Bavay - J Deveseleer - P Hazebroucq  -  Soignies 1988
Ce livre prolonge pour le cas de Soignies l'étude générale de Sevrin et Bavay parue sous le titre "les sites des moulins en Hainaut" Bxl 1989 page 129.