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Le Bailli et la "ferme du Bailli"

 

      
 Sceau du Bailli Sceau du Chapitre Sceau du Prévot

La "maison de Bauller" est la plus ancienne mention que l'on puisse retrouver de la ferme actuellement connue à Soignies sous le nom de "ferme du Bailly".
(voir aussi la page "produits artisanaux")


Plantons le décor.

Nous sommes au sud de la ville, à l'intérieur de l'angle formé par la chaussée de Mons (à l'ouest) et la chaussée du Roeulx (à l'est), plus exactement en bordure du chemin des Théodosiens. Le paysage est celui d'une sorte de plaine mollement ondulée.  Ce n'est pas pour rien qu'un peu plus loin on parle de "Petite Hollande".  Même la Senne, à moins de 500 mètres vers l'est, ne parvient pas à creuser dans ce secteur un sillon très marqué. Ici, le champ le dispute à la prairie mais l'on devine qu'à part quelques fonds humides (comme aux abords du Saussois, le petit ruisseau épisodique qui draine le vallon), la terre fut plutôt consacrée à la culture des céréales qu'à l'élevage du bétail.  C'est d'ailleurs là une tradition bien ancrée dans l'histoire agricole de notre région.

Un parcellaire particulièrement régulier, aux mailles serrées et dont l'origine pourrait remonter à un vaste défrichement survenu au 13e s.., témoigne également dans le sens de la culture plutôt que de l'élevage.  Des sondages archéologiques ont montré que ce parcellaire coïncidait, dès le départ sans doute, avec un réseau très serré de fossés de drainage. Sur plan et sur vue aérienne, il apparaît très nettement que le chemin des Théodosiens s'est inséré sans doute de manière tardive dans ce parcellaire médiéval.  Par contre, longeant la ferme du Bailly sur son côté sud, un sentier coïncidait encore au 19e s. avec l'un des axes principaux du parcellaire dont il vient d'être question.  Ce sentier joignait, pour le moins, la chaussée de Mons à l'embouchure du chemin de la Ghésardrée.

C'est à 1503 que remonte la plus ancienne mention connue de la "maison de Baulier".  Rien ne permet de dire à quoi pouvait ressembler la propriété à ce moment.  L'emploi du terme "maison" témoigne habituellement à cette époque d'un immeuble d'une certaine importance.  La propriété est encore signalée dans les archives tout au long de la période moderne. On parlera notamment de la "couture du haut fosset devant Baullet", du "chemin allant au bolier" (1769).  Il sera encore question du "chemin allant au bolier".  La carte de Ferraris (1777) fournit une des plus anciennes figurations de la ferme et de son site et porte la mention "cense de Bouly".  A cette époque, le corps de logis actuel vient d'être construit.  Il porte en effet le millésime 1763.  La carte permet de reconnaître son implantation, perpendiculairement au chemin des Théodosiens.  De vastes vergers encadrent alors l'ensemble de la ferme.

Vers 1860, c'est désormais sous le nom de "ferme Jurion" que l'exploitation est connue. Le plan parcellaire de P.C. POPP témoigne dans ce sens.  La matrice cadastrale associée à ce plan permet, de déterminer que la ferme, son verger et son potager appartiennent en ce moment à un certain Théodore Jurion.  Curieusement, les biens de ce dernier sur le territoire de Soignies se limitent à trois parcelles qui ne totalisent qu'un peu plus de un hectare et demi.  Faut-il considérer que ce cultivateur, comme beaucoup d'autres d'ailleurs dans notre région, fonctionnait alors sur le mode du faire-valoir indirect ?  Mais la faible étendue de la propriété pourrait également être rapprochée d'une tradition orale selon laquelle la ferme du Bailly était autrefois un lieu dans lequel on s'activait au traitement du lin. Le plan parcellaire désigne le sentier qui longe la propriété vers le sud sous le nom de "sentier de Jurion".

Le terme "Bauller" ne s'interprète pas facilement.  Il semble toutefois que l'on puisse suivre l'hypothèse d'Amé Demeuldre, auteur en 1925 du "Glossaire toponymique de Soignies", et reconnaître dans les mots bauller, baullet, bolij, bolier des variantes du mot "boulaye" (ou "bouley") désignant en ancien français un lieux planté de bouleaux.

Voyons maintenant les bâtiments. Ils forment aujourd'hui un ensemble où l'architecture traditionnelle et les besoins de l'exploration moderne se marient étroitement. La structure ancienne de la "cense" se reconnaît encore assez facilement: un "porche", entre les volumes de la grange et celui d'une sorte de fournil côtoyant le corps de logis donne accès à une cour d'allure allongée.  Les extensions données au volume de la grange font oublier que la cour présentait autrefois une allure et des proportions plus amples. Les plans anciens de la ferme (à partir du 18e s.) font hésiter entre le modèle d'une ferme en long et celui d'une ferme en carré.  C'est en tout cas vers ce second modèle que la ferme a évolué.  Mais c'est probablement au premier modèle qu'elle a appartenu d'abord.  Le très long alignement des volumes associés au corps de logis (étables et "quartier" notamment) témoigne en tout cas en ce sens.

Directement ouverte sur le chemin, la grange montre au-dessus de son ancienne porte monumentale un millésime rappelant la date de sa construction: 1858.  On peut imaginer qu'un grand volume en brique, couvert de tulle, remplaça à ce moment une ancienne grange peut-être en terre couverte de chaume.  Quoi qu'il en soit de ses origines, la grange de 1858 a elle-même été soumise par la suite à des transformations profondes (notamment un considérable élargissement, un abaissement de son pignon, un déplacement de sa porte et une modification radicale de sa fonction).  La spécialisation de la ferme dans le domaine de l'élevage explique une bonne part de cette métamorphose.  La grange fut conçue dans l'optique d'une exploitation céréalière (bien normale au milieu du 19e s.). Sa transformation en étable correspond évidemment à la prédominance actuelle d'une optique d'élevage.

Mais l'intérêt architectural de la ferme réside pour l'essentiel dans le corps de logis et dans le volume qui le prolonge. Le millésime 1763, gravé sur le linteau en bâtière de la porte du corps de logis, semble correspondre à la date de construction de cette partie de la ferme.  Des marques de tâcherons (ou maîtres de carrières), spécialement le W des Wincqz (dont l'exploitation se trouvait à quelques centaines de mètres seulement) confirment cette vision des choses. Le corps de logis de la ferme du Bouly se présentait initialement sous la forme d'un long volume dépourvu d'étage et limité en profondeur à une seule pièce.

1763 pourrait correspondre ici, comme en bien d'autres endroits dans le courant du 18e s., au remplacement d'une habitation en matériaux périssables (bois, argile, chaume, ... ) par celle que nous voyons aujourd'hui.  Ici, ce sont des matériaux tels que le moellon de calcaire (pour les fondations, le soubassement ou même une bonne partie de l'élévation des murs), la brique et la pierre de taille qui l'emportent. Les baies de la façade du corps de logis ne peuvent manquer de retenir l'attention.

D'un caractère soigné, elles relèvent du modèle des fenêtres à croisées de pierre.  Ces croisées ont malheureusement disparu mais se perçoivent encore très bien dans les amorces de la traverse (au deux-tiers des montants) et dans l'agrafe qui unit les deux moitiés de chacun des linteaux.  Une fenêtre plus étroite, à droite de la porte, n'est munie que d'une simple traverse.  La mise en place de telles croisées de pierre dans la seconde moitié du 18e s. apparaît comme une manifestation plutôt tardive.  On remarquera le soin apporté à la réalisation de ces baies et notamment la taille appliquée sur la face intérieure des montants, des seuils et des linteaux.  On remarquera aussi le caractère moins achevé de la face située dans l'affleurement du mur de façade (travail à la pointe avec une taille se limitant à l'achèvement des angles).  On remarquera encore le point d'ancrage des barreaux qui protégeaient autrefois ces fenêtre de même que les encoches dans lesquelles venaient s'encastrer les volets (spécialement dans les compartiments inférieurs).

Plusieurs bâtisses alignées constituent le corps de logis.  En partant du chemin, on peut isoler un premier segment se distinguant par la présence d'une cave.  Le niveau du sol. y est un peu plus haut que dans le reste de l'habitation.  Le moellon se cantonne sous le seuil des fenêtres, une fenêtre à croisée et une fenêtre à simple traverse éclairent cette première partie de l'habitation.

Juste à gauche, la porte donne accès à un couloir.  Ce dernier se confondait peut-être à l'origine avec les premières pièces qui jouxtent vers la gauche. Les pièces disposées de cette manière correspondent habituellement au modèle de la pièce commune, espace servant en même temps de cuisine, de salle à manger et de "living".  Cette première pièce se limitait à l'origine à deux travées dont une seule, à droite, était percée d'une fenêtre à croisée. On accédait de cette première pièce vers une seconde éclairée autrefois de deux fenêtres à croisée.  Peut-être cette deuxième pièce correspondait-elle initialement à une chambre à coucher.  Le modèle en est en tout cas assez fréquent.

Avec le temps, le volume de ce corps de logis s'est doublé vers l'arrière d'une série de pièces où se sont progressivement concentrées les activités propres à la préparation des aliments (cuisine et "arrière-cuisine"). Vers la gauche, le corps de logis se prolonge encore par plusieurs segments de bâtisse, le tout sur une longueur assez peu ordinaire. L'ensemble de ces segments est aujourd'hui affecté à des étables.

On ne peut toutefois pas manquer de remarquer l'avant-dernier segment.  On y retrouve en effet des pierre s portant des marques de tâcherons (spécialement la marque W des Wincqz), ce qui permet de faire remonter la construction de cette partie également à la seconde moitié du 18e s.  L'allure particulièrement recherchée de l'appareil des pierres taillées ne peut manquer ici de retenir l'attention.  On y distingue en effet des chaînages de pierre aux angles, des traces de baies alternant pierre et brique, tous les indices d'un étage et plusieurs cordons de pierre barrant tout ou partie de la façade.  Des modifications profondes ayant été apportées à cette partie (transformée étable), il est malheureusement impossible d'en restituer l'aspect initial.  On ne peut toutefois s'empêcher d'y reconnaître les traces d'un second corps de logis.  Le nom encore donné à cette partie de la ferme("le quartier") et l'histoire qu'on y associe ("la maison du propriétaires par opposition à "la maison du métayer" placée à l'entrée de la cour) semblent s'en trouver confirmés d'autant.

Voilà donc, derrière l'apparente simplicité d'une vieille cour de ferme, toute une histoire qui se profile et se laisse deviner... Une histoire qui résume l'évolution des campagnes de la région de Soignies.  Une histoire qui se prolonge dans de nouvelles métamorphoses, montrant ainsi qu'elle est loin d'être "achevée".

La dénomination "Ferme du Bailli" pourrait également trouver son origine dans un "spot d'Sougny" (traduction: "un surnom de Soignies"), à savoir le surnom donné à un ancien propriétaire de la ferme parce que celui-ci, remarquable par sa force et son embonpoint, prenait des "airs de bailli".

Quelles étaient donc, au moyen-âge, les fonctions d'un bailli, ce personnage respecté et craint à la fois?  Qui était-il pour que l'on attribue, par plaisanterie, le surnom de "bailli" à un censier, un fermier qui se donnait des airs d'importance ?

Le terme "bailli" trouve son origine dans le vieux français: "baillir" signifie "gouverner, diriger".
De manière générale, un bailli est, au moyen-âge, un officier d'épée ou de robe qui rend la justice au nom un seigneur.  Il est salarié, engagé "à durée déterminée et est donc révocable à l'échéance du terme pour lequel il est nommé.  Il assure un rôle d'agent politique, administratif, financier, militaire et judiciaire.  On peut donc dire, pour citer une publicité bien connue pour le fromage belge, que le bailli fait "un peu de tout"!

Et à Soignies?

A Soignies, seigneurie ecclésiastique, ce sont "ces Messieurs du Chapitre Royal Saint-Vincent" qui possèdent le pouvoir seigneurial.  Le bailli est donc un suppôt des chanoines sonégiens.  Colars de Lalaing (1427), Jehan de Froimont (1485), Adrien de Boussut (1514), Jean d'Ittre (1522) ou Henry le Dangereux (1464): tels sont les noms bien de chez nous de ces baillis sonégiens, écuyers redoutables, qui, bien qu'au service des chanoines, n'ont rien de commun avec des enfants de choeur! Le "Bailli aux orties" est donc un rêve que seul un censier pouvait oser réaliser à Soignies!

Faisons un peu plus connaissance avec ce bailli, serviteur des vénérables chanoines, ... mais sans vouloir aller trop loin dans les familiarités: il était imprudent de le fréquenter de manière trop régulière !

La nomination du bailli, le personnel sous ses ordres… 
Le bailli est nommé pour un an par les chanoines réunis, après complies, dans la salle du Chapitre, lors du chapitre général de l'Ascension.  Très souvent, le Chapitre nomme à cette charge un écuyer, personnage qui se trouve, après les seigneurs titrés (ducs, princes, marquis, ... ) et les chevaliers, troisième échelon dans la hiérarchie nobiliaire féodale. Le bailli a sous ses ordres, un clerc, un greffier, un huissier et de un a cinq sergents qui jouent le rôle d'officiers de police judiciaire.

Les attributions et compétences du bailli..
Le bailli a, principalement, des fonctions judiciaires, policières et militaires. Au moyen-âge, la haute justice couvre tous les délits punis de mutilation ou de mort, ou qui donnent lieu à des duels judiciaires; la basse justice couvre tous les autres délits.

Pour comprendre la répartition des compétences judiciaire, à Soignies, il faut se souvenir que Baudouin IV, comte de Hainaut et suzerain du Chapitre Saint-Vincent, confirme, par la Charte-loi de 1142, la franchise - des privilèges, des exemptions au pouvoir comtal - accordée à la Collégiale de Soignies par son grand-père. Cette franchise accorde un statut juridique particulier à tous ceux qui habitent près de la Collégiale, dans la zone délimitée par l'itinéraire parcouru par le Grand Tour Saint-Vincent, chaque lundi de la pentecôte depuis 1262. Par assimilation, cette zone privilégiée est baptisée elle-même " la franchise ", et ce déjà dans la Charte-loi de 1142.

La combinaison de la distinction entre haute et basse justice d'une part, entre intérieur et extérieur de la franchise d'autre part, donne lieu à Soignies à quatre juridictions distinctes :
la basse justice à l'intérieur de la franchise est de la compétence des jurés ;
la basse justice à l'extérieur de la franchise est de la compétence des échevins ;
la haute justice à l'intérieur de la franchise est de la compétence de l'avoué(du latin " advocatus " :défenseur militaire d'une seigneurie ecclésiastique). L'avoué du Chapitre est le Comte de Hainaut qui, dans la pratique, se choisit un délégué local appelé sous-avoué. La haute justice à l'extérieur de la franchise est de la compétence du bailli (enfin !).

Dans sa juridiction, le bailli joue le rôle du ministère public.  Il fait parvenir édits et ordonnances, les fait exécuter, administre la justice civile, dirige les poursuites contre les criminels, réprime les délits et les contraventions, fait exécuter les jugements, perçoit les amendes et rend compte des sommes perçues au Chapitre.

Le bailli joue également le rôle de bras droit séculier du Chapitre, en accomplissant des tâches de maintien de l'ordre dans la ville.  Par exemple, il organise et surveille les groupes de jeunes - armés! - durant le Grand Tour, en suivant les instructions des chanoines qui, eux, n'y participent pas.

En cas de guerre, le bailli comme le sous-avoué sont nommés tous deux capitaines, sous les ordres d'un officier, soldat professionnel - à Soignies, on parle alors d'un soldat de carrière - nommé en temps utile par le capitaine général du Hainaut pour organiser la défense de la ville.  Ces différents officiers dirigent la garnison de Soignies, garnison de volontaires composée des différentes confréries militaires : les archers de Saint-Sébastien et de Sainte-Christine, les arbalétriers de Saint-Landry, les couleuvriniers, les arquebusiers de Sainte-Barbe et, enfin, les archers et picquenaires Horrues.

Le Bailli fait enfin partie, de droit, du Conseil Communal, qui regroupe également le maïeur, les échevins et les jurés, sans compter le chanoine commis à cet effet.

Les finances: recettes du bailliage, salaire du bailli et de ses hommes…
Note préalable : " Mais où sont donc les valeurs d'antan ? "
L'évaluation chiffrée des recettes et des salaires en usage au moyen-âge est un exercice périlleux, parce que les périodes couvertes sont très longues(du 10e s. au 19e s. pour le Chapitre Saint-Vincent), et parce que les phénomènes d'inflation(en périodes troublées) et de déflation (en périodes calmes) ne sont pas neufs. Comme disait Charles-duc de Bourgogne et, à ce titre, suzerain de Chapitre Saint-Vincent , l'avenir appartient aux téméraires: nous allons donc tenter cet exercice risqué, en essayant de ne pas finir comme lui, dévoré par les loups dans les fossés de Nancy !

L'unité monétaire en usage à Soignies au 15e s. est la livre tournois.  Pour se faire une idée: un cheval coûte environ 30 livres, alors que le salaire annuel d'un manoeuvre est de 50 livres. Le bailli, écuyer, ne fait pas - étymologiquement - que porter l'écu du chevalier qu'il accompagne, mais, dans son sens illimité du service, il se charge également de la récolte des écus, sonnants et trébuchants, pour le compte du Chapitre.  Bien que le Chapitre ait la charge du salaire du bailli, la justice est, pour les chanoines, une activité lucrative: pour tout dédommagement payé à une victime, le coupable doit payer le double en sus à son seigneur. Quant au criminel, l'entièreté de ses biens revient au seigneur.  En cas de peine capitale, le seigneur y trouve donc son intérêt... économique!

Les recettes du bailliage varient entre 60 et 100 livres tournois, selon les années.  Et voici les salaires annuels: le bailli 42 livres, le clerc 3 livres seulement, les sergents 25 livres plus une prime de 1 à 2 livres pour chaque contravention, selon l'importance du délit.

Les peines et les procédures en vigueur…
Les peines capitales consistent dans l'amende (au profit de la caisse du bailliage) et la mort (encore plus lucrative pour la caisse du bailliage).

On se plaint aujourd'hui de la lenteur de la justice et, en conséquence, de la longueur de la détention préventive. Pas de problème de cet ordre au moyen-âge. La détention préventive y est de courte durée. Quiconque est accusé d'avoir commis un crime est soumis à la question préparatoire, interrogation musclé destiné à arracher (au sens propre du terme) des aveux. Dans le film " François 1e ", Fernandel nous montre tous les aspects comiques de cet entretien convivial entre accusé et inquisiteurs. Le greffier porte alors la " confession " à Mons. Le prévôt de cette cité requiert à la cour de justice de la prévôté de Mons la juste sentence méritée par le criminel.

En cas de sentence de mort, le condamné est exposé au pilori (près de chez nous, Horrues possède toujours son pilori) et fustigé par les sergents: en bas latin, " fustis " signifie " bâton ". En ce qui concerne l'exécution capitale, la justice n'est pas égale pour tous : le magistrat - tout fonctionnaire investi de l'autorité publique, par exemple le maïeur, un échevin,… le bailli fautif est décapité (puisqu'il était la tête, il est normal qu'il la perde !)
l'assassin est roué. La roue est payée par le bailli (1,2 livres tournois). Le scélérat est pendu aux fourches patibulaires, gibet installé à Soignies, près de la porte de Braine (place du jeu de balle).

En cas d'exécution capitale, le bailli fait également appel à:
- un geôlier ou tourier, pour garder et nourrir le condamné (0,2 livre par jour de détention). La prison était située à l'entrée de la rue Henry Leroy (coiffeur).
- des religieuses de l'ordre de Saint-François, pour administrer le condamné (2 livres)
- un bourreau (1,5 livres - une grosse coupure pour magistrat, en petites coupures pour un assassin - c'est vraiment très mal payé !)

Comme dans Astérix, tout se termine toujours par un banquet: pour remettre les agents de la justice de leurs émotions, le bailli leur offre à ses frais un repas à l'Hôtel de la Clef (9 livres tournois).

En guise de conclusion…
Vous en connaissez plus sur ce " sympathique " personnage qu'était le bailli à Soignies. L'ancien propriétaire de la ferme qui a mérité un tel " spot " rien de commun avec les propriétaires actuels: leur accueil et leur sourire pourront vous en convaincre. Et, tournant résolument le dos au rôle de gibier de potence, vous opterez plutôt pour celui de dégustateur des produits de la ferme Bailli (voir page "produits artisanaux").

Texte de Pierre Ponchau