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Château de Louvignies
Siège d'une seigneurie attestée depuis 1389, la terre de Louvignies fut acquise en 1716 par Rodrigue de Péralta, gouverneur de Charleroi. Le château, flanqué d'une tour et entouré de fossés, fut alors aménagé, ensuite modernisé en 1767 La base talutée de la tour, visible dans les caves, ainsi qu'une chambre du rez-de-chaussée ornée de stucs du XVIIIe s témoignent encore aujourd'hui de ces états anciens.
Passée aux mains de la famille de Villegas de Saint-Pierre par succession féminine en 1798, la propriété fit l'objet de plusieurs projets d'aménagement au XIXe s. Le plan de parc à l'anglaise, légendé « Projeté par C. Th. Petersen. Mai 1834. », conservé au château et sans doute commandité par Balthazar de Villegas décédé en novembre 1835. En outre, un document de 1884 signé par l'architecte Désiré Limbourg fait état « d'honoraires, à raison de huit cent francs, que le tuteur a payés à l'architecte, pour un projet de travaux au château, commandé par feu Mr le Comte père (Alphonse-Pierre de Villegas), qui n'a pas vu son exécution » en raison sans doute du décès de ce dernier en 1855.
L'ensemble que l'on peut admirer aujourd'hui résulte d'une vaste et longue campagne de transformation et de reconstruction qui débuta enfin, peu après le mariage, en 1868, de Léon de Villegas avec Ferdinande de Maillen Le détail des travaux conduits, conjointement semble-t-il, par l'architecte paysagiste Louis Fuchs et l'architecte Désiré Limbourg nous est connu avec précision grâce aux plans, relevés et états des architectes étayés par les factures d'artisans, d'entreprises et de fournisseurs ainsi que par les agendas tenus quotidiennement par le comte et la comtesse, précieusement conservés au château grâce à la vigilance familiale. Le 1er avril 1869, l'architecte Limbourg apporte les plans de Louvignies aux Villegas; cependant, le plan du parc signé par Fuchs en 1870 s'articule autour des axes de perspectives à mettre en valeur au départ de la façade Sud de l'ancien château. La campagne s'entame en 1871 par l'extension et la restructuration du parc: achat et échange de terrains, assèchement et remblayage partiel des fossés entourant le château, abattage de la « hurée » en face de l'accès ancien, plantation de 600 arbres de futaie et de taillis provenant de Hollande.
En 1872, l'étang est aménagé et enjambé par deux ponts à garde-corps métalliques, la glacière est construite et on plante les « grands arbres, de position venant de Malines » . L'inventaire des arbres remarquables de Wallonie, établi en 1993 pour le parc, comptabilise encore 26 sujets (hêtres pourpres, marronniers d'Inde, érables argentés et sycomore, tulipiers de Virginie, tilleuls argentés et à petites feuilles, catalpa, châtaignier, chêne rouge d'Amérique) dont certains figurent parmi les plus gros sujets recensés.
En 1873, les plantations se poursuivent, les chemins et pelouses sont terminés, le parc est clôturé et les grilles d'entrée sont placées. La construction de la chapelle du Marais intervient en 1874-1875, avant l'édification d'une aile occupée par la remise à voitures et les écuries à chevaux de selle et d'attelage, passion des propriétaires.
L'ancien potager, régulièrement organisé en quatre carrés bordés de buis et d'une centaine de poiriers comptant 46 espèces identifiées, ainsi que l'orangerie et les serres pourraient être antérieurs aux aménagements de ce dernier quart du XIXe s. Un inventaire de 1855 y constate déjà l'existence d'intéressantes collections de plantes exotiques.
La restructuration du château s'étend de 1878 à 1882, et maintient la majeure partie des structures existantes. La tour est monumentalisée et domine aujourd'hui l'ensemble vers le Nord De ce côté, doublant l'aile ancienne orientée au Sud vers le parc, une aile nouvellement créée abrite au rez-de-chaussée les pièces d'apparat: salon et salle à manger Le bâtiment est prolongé vers l'Est et quelques tourelles abritant les « commodités » sont ajoutées. Les ouvertures sont réorganisées et « modernisées ». L'entrée, jadis à l'Ouest au-delà d'un pont enjambant les douves, est reportée en façade Sud et précédée d'un vaste perron. Elle livre accès à un vestibule qui mène à droite vers les pièces accueillant les visiteurs, en face et à gauche, vers la salle de billard et l'escalier monumental dont le garde-corps métallique est décoré de motifs repris aux armoiries Villegas. La décoration intérieure est renouvelée tout en réutilisant cheminée et dessus de portes peints, restaurés à cette occasion. A l'étage, les appartements avec cabinet de toilette s'ouvrent de part et d'autre d'un couloir central. Cuisine et locaux de service prennent place dans les caves où le jour pénètre par les fenêtres ouvertes sur les douves asséchées. Monte-charge et calorifère sont installés, l'électricité fait son apparition en 1897.
La demeure est ainsi judicieusement transformée en un accueillant château illustrant l'éclectisme de l'époque, qui associe des éléments de différents styles, tout en maintenant certains témoignages des constructions antérieures. Occupée généralement de mai à novembre, elle faisait la fierté des propriétaires lors des nombreuses visites de parents et d'amis et des réceptions organisées surtout à l'occasion de parties de chasse. Texte: Michèle CALLUT - Attachée au Patrimoine de la Région Wallonne.
Au fond du vaste parc où paissent quelques chevaux, la tour se dresse, seule rescapée médiévale dans un écrin entièrement conçu au XIXe siècle. En pénétrant dans ce cadre enchanteur, on imagine sans peine les fastes de ce qu'on a appelé la Belle Epoque : réceptions somptueuses, parties de chasse, tables richement décorées, interminables menus…
Quand le comte Léon de Villegas de Saint-Pierre épouse en 1867 la marquise Ferdinande de Maillen, ils décident de reconstruire entièrement le château en triplant le bâtiment, et d'acheter des terres environnantes pour créer un grand parc à l'anglaise, avec l'aide du grand paysagiste de l'époque, Louis Fuchs. Le couple réside quelques mois à Bruxelles, puis vient passer le reste de l'année à Louvignies. Ce château traduit bien le besoin de la noblesse de l'époque de faire montre de sa valeur et de sa capacité face à la bourgeoisie montante, explique le baron Jean-Marie de Moreau, héritier des lieux.
En 1971, la plus jeune des enfants du couple, âgée de 90 ans et sans descendance, s'inquiète de l'avenir du château. Mon beau-père était son cousin et elle lui proposa d'en faire son héritier, mais il refusa, se trouvant trop âgé, se souvient Bertrande de Moreau. Il revint donc à mon mari qui avait une grande qualité : il n'avait pas le vertige et pourrait donc réparer les toitures et les corniches ! Depuis, le baron n'hésite pas à mettre la main à la pâte : à lui seul, il remplace les nombreux jardiniers d'autrefois, peint les châssis ou passe des heures à nettoyer les lustres de cristal… Et les femmes de ménage, ce sont juste madame Arlette et moi, poursuit madame de Moreau. Ce château a été conçu à une époque où il y avait des domestiques. Cela se justifiait, puisqu'il n'y avait pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de chauffage. On mettait des heures à allumer.
A plus de 70 ans, le couple est toujours plein de dynamisme. Il y a quatorze ans, alors que chacun d'eux mène une vie professionnelle, ils décident d'ouvrir leur château au public, et, pour ne pas lasser, de changer de thème d'exposition chaque année. Ils fouillent les archives, les armoires, les agendas et apprennent énormément de choses sur la vie quotidienne au château au XIXe siècle. Des cuisines aux chambres de bonnes en passant par la salle de repassage et celles, somptueuses, de réception, le visiteur peut chaque été découvrir le château différemment : la vie quotidienne des enfants de l'époque, les parties de campagne, la vie des domestiques et, cette année, le phénomène des trousseaux. Nous avions des amis qui ouvraient leur château, et on s'est dit : pourquoi pas nous ? Cela fait rentrer un peu d'argent mais ce n'est pas énorme. Disons que c'est une goutte, une grosse goutte…, explique le baron qui, chaque année, organise les vitrines et les salles. Ce faisant, on permet au château d'encore vivre aujourd'hui, continue Madame de Moreau. Et puis, cela nous oblige à rester vivants : on ne va pas s'asseoir et rester à se regarder à notre âge ! La chose la plus agréable, ce sont les remerciements des visiteurs… Texte: Claire Bortolin
Adresse: 1 rue de Villegas à 7063 Chaussée N-D Louvignies Propriétaires: Monsieur et Madame de Moreau -067.45.83.55 - 067.41.04.19
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